lundi, 01 janvier 2007
Entre talion et vengeance
Dans cette ambiance tragiquement biblique qui semble encore régner dans la partie orientale du monde arabe, l'exécution de Saddam Hussein, qualifiée par le Vatican de "nouvelle tragique", vient y ajouter une image de déjà-vu. Le rôle de Bush dans cette affaire, n'est pas loin, du moins sur le plan procédurier, de celui de Pons Pilate qui a livré Jésus à ses bourreaux. Certes Saddam ne s'était pas formé sur le moule de Jésus Christ ni même sur celui de Barabbas, mais la mascarade judiciaire couronnée par cette exécution précipitée et expéditive, démontre bien que la vérité demeure toujours la première victime au temps de guerre.
Les calculs américains dans cette affaire étaient de ne pas mener à terme le procès contre leur ex-allié devenu très gênant et qui risquait de dévoiler leurs manigances et conspirations communes dans sa guerre contre l'Iran et les Kurdes. Donc, ils se sont contentés de ne le châtier que sur la première affaire, celle de Digil, la ville où, voici vingt cinq ans, il aurait exécuté une centaine de personnes à la suite d'une tentative d'assassinat contre lui.
Pour les kurdes, leur déception a été vite dépassée par d'autres déceptions, beaucoup plus amères, celles de beaucoup d'irakiens, toutes communautés confondues, de la plupart des peuples arabes et d'une bonne partie de l'opinion internationale. La plus amère de toutes ces déceptions vient du fait que:
- L'exécution était plutôt une sorte de vengeance et non pas un talion mérité. Paradoxalement sur une banderole brandie dans l'enceinte où l'échafaud a été érigé, on a bien lu le verset du Coran suivant "C'est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, O vous doués d'intelligence, ainsi atteindriez-vous la piété.(179, 2e Sourate "La Vache").
- Les bourreaux cagoulés ne se sont pas contentés de se taire ne serait-ce que par respect à la mort. Au contraire ils se sont livrés à une sorte d'euphorie en lançant des slogans qui dévoilaient ouvertement leur appartenance communautaire (en l'occurrence shiite).
- Le timing de la sentence a été choisi par les américains et leurs alliés irakiens, de telle sorte qu'il coïncide avec la grande fête du sacrifice, célébrée samedi par les sunnites et exceptionnellement le lendemain (dimanche) par les shiites. La provocation anti-sunnite était bien flagrante.
- Opter pour la pendaison et non pas pour la fusillade comme le réclamait vainement Saddam lui-même en considération de son grade militaire, c'est faire de lui un vulgaire condamné de droit commun, et non pas un prisonnier de guerre...
Ce qui est encore décevant à mes yeux, c'est qu'en plus de ce qui précède, la condamnation de Saddam a déjà été compromise dès la chute de Bagdad par les Yankees. Quand un peuple détrône lui-même son despote, ça légitime la vengeance de ce peuple même à la roumaine. Mais à partir du moment qu'une force étrangère s'y immisce (pour ses propres intérêts), la vengeance d'une quelconque opposition opportuniste et collabo, ne peut qu'être taxée de bassesse voire de trahison.
L'exécution de Saddam a été le dernier événement lugubre de l'année 2006 ; j'aurais aimé qu'il soit autrement…
mais bon ! La vie continue...
Je souhaite, tout de même, une année 2007 positivement différente sur tous les plans, à tous mes amis et à tous mes visiteurs.
RAFRAFI
Les calculs américains dans cette affaire étaient de ne pas mener à terme le procès contre leur ex-allié devenu très gênant et qui risquait de dévoiler leurs manigances et conspirations communes dans sa guerre contre l'Iran et les Kurdes. Donc, ils se sont contentés de ne le châtier que sur la première affaire, celle de Digil, la ville où, voici vingt cinq ans, il aurait exécuté une centaine de personnes à la suite d'une tentative d'assassinat contre lui.
Pour les kurdes, leur déception a été vite dépassée par d'autres déceptions, beaucoup plus amères, celles de beaucoup d'irakiens, toutes communautés confondues, de la plupart des peuples arabes et d'une bonne partie de l'opinion internationale. La plus amère de toutes ces déceptions vient du fait que:
- L'exécution était plutôt une sorte de vengeance et non pas un talion mérité. Paradoxalement sur une banderole brandie dans l'enceinte où l'échafaud a été érigé, on a bien lu le verset du Coran suivant "C'est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, O vous doués d'intelligence, ainsi atteindriez-vous la piété.(179, 2e Sourate "La Vache").
- Les bourreaux cagoulés ne se sont pas contentés de se taire ne serait-ce que par respect à la mort. Au contraire ils se sont livrés à une sorte d'euphorie en lançant des slogans qui dévoilaient ouvertement leur appartenance communautaire (en l'occurrence shiite).
- Le timing de la sentence a été choisi par les américains et leurs alliés irakiens, de telle sorte qu'il coïncide avec la grande fête du sacrifice, célébrée samedi par les sunnites et exceptionnellement le lendemain (dimanche) par les shiites. La provocation anti-sunnite était bien flagrante.
- Opter pour la pendaison et non pas pour la fusillade comme le réclamait vainement Saddam lui-même en considération de son grade militaire, c'est faire de lui un vulgaire condamné de droit commun, et non pas un prisonnier de guerre...
Ce qui est encore décevant à mes yeux, c'est qu'en plus de ce qui précède, la condamnation de Saddam a déjà été compromise dès la chute de Bagdad par les Yankees. Quand un peuple détrône lui-même son despote, ça légitime la vengeance de ce peuple même à la roumaine. Mais à partir du moment qu'une force étrangère s'y immisce (pour ses propres intérêts), la vengeance d'une quelconque opposition opportuniste et collabo, ne peut qu'être taxée de bassesse voire de trahison.
L'exécution de Saddam a été le dernier événement lugubre de l'année 2006 ; j'aurais aimé qu'il soit autrement…
mais bon ! La vie continue...
Je souhaite, tout de même, une année 2007 positivement différente sur tous les plans, à tous mes amis et à tous mes visiteurs.
RAFRAFI
01:10 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (6) |
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