dimanche, 18 janvier 2009
Les onze règles
En tant que journaliste indépendant, non seulement je ne peux qu'apprécier ce qu'a écrit le journaliste français Bernard Langlois, mais je ne peux pas ne pas vous faire partager le plaisir, quoiqu'amer, en lisant les onze règles du journalisme, insérées d'ores et déjà dans les annales du journalisme mondiale.
Largement répandues sur la toile, j'ai tenu à reproduire ces règles, qu'une amie m'avait envoyées par e-mail, en me référant à cette source où Langlois lui-même s'y explique.
(La caricature, ci-contre, est tirée d'un journal pan-arabe londonien, montrant un journaliste représenté par le crayon, assis devant un censeur sous forme d'une gomme de bureau.)
Voici maintenant les fameuses 11 règles
Le Proche-Orient pour les nuls
écrit par Bernard Langlois, journaliste français
Les 11 règles du journalisme
Voici, en exclusivité, ces règles que tout le monde doit avoir à l’esprit lorsqu’il regarde le JT le soir, ou quand il lit son journal le matin. Tout deviendra simple.
Règle numéro 1 : Au Proche-Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers, et c’est toujours Israël qui se défend. Cela s’appelle des représailles.
Règle numéro 2 : Les Arabes, Palestiniens ou Libanais n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du terrorisme.
Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.
Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réaction de la communauté internationale.
Règle numéro 5 : Les Palestiniens et les Libanais n’ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats.
Règle numéro 6 : Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Palestiniens qu’ils le souhaitent (environ 10 000 prisonniers à ce jour, dont près de 300 enfants). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin de n'apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique "terroriste".
Règle numéro 7 : Quand vous dites "Hezbollah", il faut toujours rajouter l’expression "soutenu par la Syrie et l’Iran".
Règle numéro 8 : Quand vous dites "Israël", il ne faut surtout pas rajouter après : "soutenu par les États-Unis, la France et l’Europe", car on pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.
Règle numéro 9 : Ne jamais parler de "Territoires occupés", ni de résolutions de l’ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur et l’auditeur de France Info.
Règle numéro 10 : Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neutralité journalistique.
Règle numéro 11 : Si vous n’êtes pas d’accord avec ces règles ou si vous trouvez qu’elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un "dangereux antisémite".”
------------------------------------------
À vous de juger…
RAFRAFI
13:02 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
vendredi, 12 janvier 2007
Mieux tard que jamais
La présente note aurait dû paraître quelques semaines auparavant à la suite de la publication, en octobre dernier, du livre controversé de l’ancien président américain Jimmy Carter, intitulé "Palestine : la paix, pas l’apartheid !"…
Pour mon humble personne, ce retard pourrait toujours se justifier par des contraintes personnelles… Mais est-il de même pour M. Carter qui semble avoir mis beaucoup de temps avant de livrer enfin sa vraie lecture du drame palestinien ?
La coutume chez certaines grandes personnalités publiques est de toujours choisir le moment qui leur semble opportun pour divulguer ce qu'elles dissimulaient, bon gré, mal gré. C'est le cas, semble-t-il aussi pour Kofi ANAN qui, une fois à la retraite, se lance dans une critique amère à l'égard de la politique américaine en Irak, allant jusqu'à dire que la situation de ce pays était meilleure sous Saddam que sous l'occupation. Evidence qui se présente comme une confession obsolète mais qui sort de la bouche de l'ancien secrétaire général de l'ONU, comme une preuve manifeste d'une défaillance morale à l'échelle de la planète.
Pour revenir à l'ex-président nobélisé pour la paix, j'ajouterais que son témoignage arrive comme même à bon escient du moment qu'il émane de celui qui avait pu imposer (1977-1981) le premier accord de paix israélo-égyptien, et surtout qui avait voyagé partout dans la Terre Sainte au cours des trois dernières décennies, en particulier dans les territoires palestiniens occupés. C'est là qu'il avait supervisé, avec l'apport de son "Carter Center", les élections palestiniennes de 1996, de 2005 et surtout de 2006 qui ont permis aux palestiniens de choisir les candidats du Hamas pour gouverner.
Dans ce livre, Carter assimile la politique Israélienne actuelle dans les territoires palestiniens à un «système d’apartheid». Il taxe Israël d'être un Etat «totalement dominant» qui réprime par la violence «en privant les Palestiniens de leurs droits humains fondamentaux». Il ajoute que «le peuple juif supporterait en Israël ou ailleurs un gouvernement qui institutionnalise l’oppression sur une base ethnique».
Concernant les relations entre les Etats-Unis et Israël, il critique l’appui inconditionnel à l’Etat hébreu, qui pour les chrétiens évangéliques de son pays (Carter lui-même est un pasteur baptiste) fait partie de la «politique étrangère de Dieu». Le violent tollé soulevé notamment par les sionistes et les pro-sionistes de tous bords contre l'aveu de cet ex-président démocrate, continue de plus belle sans qu'il continue pour autant à faire la une des médias.
Pour calmer un peu les esprits et modérer ses propos devant les citoyens juifs des Etats-Unis, Carter s'est trouvé conduit à écrire un article que j'ai reçu par e-mail de la part de voltairenet.org, traduit en français et que je reproduis ci-après pour la curiosité de ceux qui ont ou pas encore lu ce livre-repère d'un auteur-témoin.
RAFRAFI
---------
Par Jimmy Carter*
Une vive polémique s’est développée aux États-Unis après la parution du livre de l’ancien président Carter, Palestine : la paix, pas l’apartheid ! Répondant à ses détracteurs juifs, le politicien et prêcheur baptiste a circonscrit son propos. Il a maintenu sa dénonciation de la situation dans les territoires occupés et a retiré ses critiques relatives au régime politique en Israël même. A défaut de calmer l’AIPAC, ce compromis semble avoir satisfait l’électorat juif états-unien. (voltairenet.org)
--------
Au cours de ma récente tournée de dédicaces de mon livre, j’ai signé plus de 100 000 exemplaires, et j’ai été interviewé par plus de cent médias.
Le plus impressionnant fut pour moi ma rencontre avec les dirigeants du Consistoire de l’Agglomération de Phoenix, qui avaient annoncé, avant mon arrivée, qu’ils manifesteraient afin de protester contre mon ouvrage. Quand ils m’ont invité à les rencontrer, j’ai immédiatement accepté. Les six rabbins (trois hommes et trois femmes) et moi-même, nous fûmes les seules personnes présentes, à l’exception d’une équipe de cameramen sous la direction de Jonathan Demme, qui réalisait un documentaire sur moi et l’action du Carter Center. M. Demme a indiqué alors qu’il y avait [dehors] un groupe tout aussi important de citoyens juifs, qui manifestaient leur soutien à mon livre, et [plus important] à l’exhortation à la paix dont il se veut le vecteur.
Nous avons tout d’abord débattu du traité de paix que j’ai négocié [personnellement] entre Israël et l’Égypte, en 1979, ainsi que de la Commission sur l’Holocauste, dont j’ai annoncé la création à l’occasion du trentième anniversaire de la création d’Israël. Cinq de mes interlocuteurs avaient lu la totalité de mon livre, et un autre ne l’avait lu qu’en partie. J’ai répondu à leurs questions sur le texte et sur son titre : Palestine : la paix, pas l’apartheid ! J’ai souligné, comme je l’avais d’ailleurs fait tout au long de ma tournée de dédicaces, que le livre porte sur les conditions et les événements dans les territoires palestiniens, et non en Israël, où existe une démocratie comportant toutes les libertés dont nous jouissons aux États-Unis, et où les Israéliens, juifs et arabes, se voient garantir les mêmes droits, en tant que citoyens.
Nous avons débattu du mot « apartheid », que j’ai défini comme la ségrégation forcée entre deux peuples vivant sur le même territoire, l’un d’entre eux dominant et persécutant l’autre. J’ai dit clairement dans le livre, et dans ma réponse à ces rabbins, que le système d’apartheid prévalant en Palestine n’est pas basé sur le racisme, mais sur la convoitise d’une minorité d’Israéliens pour les terres palestiniennes et sur la répression des protestations qui en résultent, et qui impliquent la violence. Mgr Tutu, Nelson Mandela et d’éminents Israéliens, dont l’ex-procureur de la République Ben Yair, qui a été en fonctions sous des Premiers ministres tant du Likoud que du Parti travailliste, ont utilisé et explicité cette qualification en des termes bien plus durs que moi, faisant observer que cette cruelle oppression est contraire aux préceptes de la religion juive ainsi qu’aux principes fondamentaux de l’État d’Israël.
Ayant voyagé partout dans la Terre Sainte au cours des trente-trois années écoulées, en particulier dans les territoires occupés, je suis qualifié pour décrire la situation à partir de mes propres observations. De plus, le Carter Center a supervisé les élections palestiniennes de 1996, de 2005 et de 2006, ce qui exigeait un engagement intime et exhaustif avec des citoyens palestiniens : des candidats, des édiles publics et aussi les plus hauts dirigeants politiques israéliens, qui contrôlaient les check points partout à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et toutes les facettes du déroulement de ces élections à Jérusalem Est.
J’ai dit très clairement que je n’ai jamais clamé que les juifs états-uniens contrôleraient les médias, mais j’ai réitéré que le parti pris écrasant en faveur d’Israël a pour origine des chrétiens comme moi-même, à qui on a enseigné depuis l’enfance à honorer et à protéger le peuple élu de Dieu, duquel est issu notre sauveur, Jésus Christ.
Un facteur supplémentaire, en particulier dans l’arène politique, est la puissance influence de l’AIPAC, qui exerce sa mission légitime consistant à expliciter les politiques actuelles du gouvernement israélien, et à susciter un maximum de soutien dans notre pays.
Or, il n’y a aucune expression d’opposition à cela. Je connais bien les actes d’extrême violence qui ont été perpétrés contre des civils innocents, et je comprends la peur qu’ont beaucoup d’Israéliens que les menaces contre leur sécurité et même contre leur existence, en tant que nation, restent présentes. J’ai redit ma condamnation catégorique de tous ces actes de terrorisme.
La question des propositions que je formule pour le Moyen-Orient m’ayant été posée, je les ai résumées par l’appel aux membres du Hamas et aux autres Palestiniens les exhortant à renoncer à la violence et à faire leur l’engagement pris par les nations arabes en 2002 : reconnaissance totale du droit d’Israël à exister en paix à l’intérieur de ses frontières légalement reconnues de 1967 (à modifier éventuellement par accord mutuel et des échanges de territoires). Cela serait conforme aux résolutions de l’Onu, à la politique officielle des Etats-Unis, à l’engagement pris à Camp David en 1978 et à Oslo en 1993, ainsi qu’aux principes du Quartette international, « La Feuille de Route vers la paix ».
Une mesure immédiate serait la reprise de conversations de paix entre Israël et les Palestiniens, interrompues désormais depuis six ans. Le président Mahmoud Abbas est le porte-parole officiel des Palestiniens, ainsi que le Président de l’Autorité nationale palestinienne et de l’Organisation de Libération de la Palestine, et il en a appelé de manière constante à des pourparlers de paix. J’ai demandé aux rabbins de rejoindre un effort visant à inciter le gouvernement israélien à se conformer à cette proposition.
De plus, j’ai fait observer que le peuple palestinien était privé des besoins vitaux élémentaires par les restrictions économiques qui lui sont imposées par Israël et les Etats-Unis, au motif que 42 % des Palestiniens ont voté en faveur des candidats du Hamas aux dernières élections. Des enseignants, des infirmières, des policiers, des pompiers et d’autres employés ne sont plus payés, et l’ONU a fait savoir que les réserves de nourriture, à Gaza, équivalent à celles dont disposent les familles les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, la moitié des familles survivant en ne faisant qu’un unique repas quotidien. Mon autre requête était que les citoyens juifs états-uniens contribuent à rendre moins lourd le calvaire des Palestiniens.
Le président du groupe, le Rav Andrew Straus, suggéra alors que je dise clairement à tous les juifs états-uniens que mon utilisation du terme « apartheid » ne s’applique pas à la situation à l’intérieur d’Israël, que je reconnais la profonde préoccupation des Israéliens causée par la menace terroriste et les autres actes de violence commis par certains Palestiniens, et que la majorité des Israéliens veulent sincèrement vivre en paix avec leurs voisins. Le but de cette lettre est précisément de rappeler ces points.
Nous avons ensuite formé un cercle en nous tenant par la main, tandis qu’un des rabbins priait. J’ai dédicacé des exemplaires de mon livre, comme mes interlocuteurs m’en avaient prié, et l’aumônier juif des armées, le Rav Bonnie Koppell m’a offert un livre de prières.
J’ai consacré une bonne partie de ma vie d’adulte à tenter d’amener la paix à Israël, et ma prière personnelle sera pour que tous ceux d’ entre nous qui veulent voir les Israéliens jouir d’une paix durable avec leurs voisins se joignent à cet effort collectif.
Sincèrement
Jimmy Carter
------------------------------------
* Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des Etats-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.
15:26 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
lundi, 01 janvier 2007
Entre talion et vengeance
Les calculs américains dans cette affaire étaient de ne pas mener à terme le procès contre leur ex-allié devenu très gênant et qui risquait de dévoiler leurs manigances et conspirations communes dans sa guerre contre l'Iran et les Kurdes. Donc, ils se sont contentés de ne le châtier que sur la première affaire, celle de Digil, la ville où, voici vingt cinq ans, il aurait exécuté une centaine de personnes à la suite d'une tentative d'assassinat contre lui.
Pour les kurdes, leur déception a été vite dépassée par d'autres déceptions, beaucoup plus amères, celles de beaucoup d'irakiens, toutes communautés confondues, de la plupart des peuples arabes et d'une bonne partie de l'opinion internationale. La plus amère de toutes ces déceptions vient du fait que:
- L'exécution était plutôt une sorte de vengeance et non pas un talion mérité. Paradoxalement sur une banderole brandie dans l'enceinte où l'échafaud a été érigé, on a bien lu le verset du Coran suivant "C'est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, O vous doués d'intelligence, ainsi atteindriez-vous la piété.(179, 2e Sourate "La Vache").
- Les bourreaux cagoulés ne se sont pas contentés de se taire ne serait-ce que par respect à la mort. Au contraire ils se sont livrés à une sorte d'euphorie en lançant des slogans qui dévoilaient ouvertement leur appartenance communautaire (en l'occurrence shiite).
- Le timing de la sentence a été choisi par les américains et leurs alliés irakiens, de telle sorte qu'il coïncide avec la grande fête du sacrifice, célébrée samedi par les sunnites et exceptionnellement le lendemain (dimanche) par les shiites. La provocation anti-sunnite était bien flagrante.
- Opter pour la pendaison et non pas pour la fusillade comme le réclamait vainement Saddam lui-même en considération de son grade militaire, c'est faire de lui un vulgaire condamné de droit commun, et non pas un prisonnier de guerre...
Ce qui est encore décevant à mes yeux, c'est qu'en plus de ce qui précède, la condamnation de Saddam a déjà été compromise dès la chute de Bagdad par les Yankees. Quand un peuple détrône lui-même son despote, ça légitime la vengeance de ce peuple même à la roumaine. Mais à partir du moment qu'une force étrangère s'y immisce (pour ses propres intérêts), la vengeance d'une quelconque opposition opportuniste et collabo, ne peut qu'être taxée de bassesse voire de trahison.
L'exécution de Saddam a été le dernier événement lugubre de l'année 2006 ; j'aurais aimé qu'il soit autrement…
mais bon ! La vie continue...
Je souhaite, tout de même, une année 2007 positivement différente sur tous les plans, à tous mes amis et à tous mes visiteurs.
RAFRAFI
01:10 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
lundi, 20 novembre 2006
Au féminin présidentiel
Depuis Jeanne d’Arc, la France n'avait pas connu une figure féminine aussi emblématique que cette Pucelle d’Orléans. Même la Révolution, ô combien humaniste ! n'avait pas aidé non plus à en produire.
Au contraire, on a plutôt l'impression que le rôle politique de la femme française avait sciemment été réduit à celui de Marie-Antoinette ou juste symboliquement à celui de Marianne, la mère-patrie. Même Marie de Gournay (1565 - 1645), féministe avant l’heure, a dû attendre presque quatre siècles pour être enfin reconnue par les mouvements féministes de la fin du XXe siècle. À ce propos, en tant que fumeur (hélas!) et fétichiste, je conservais une boite d'allumette vide des années 80 à l'effigie de Marie de Gournay, sur laquelle on peut lire une citation très significative (cliquer sur la photo) de cette théoricienne féministe.
C'est la raison pour laquelle, peut-être, cette France républicaine, traditionnellement jacobine, donc, quelque part patriarcale voire phallocrate, aurait mis plus de temps par rapport à ses voisins (anglo-saxons et germaniques notamment) pour féminiser davantage la vie politique.
À travers l'image-stéréotype d'un pays de modes, de parfums, de muses, c'était plutôt l'image de Brigitte Bardot et de Coco Chanel qui prévalait. Et non pas celle de la très libérale Simone Veil qui a présidé le Parlement européen de 1979 à 1982, ni d'Édith Cresson, la seule femme à avoir accédé au poste de Premier ministre de la France, ni de l'ex-présidentiable Martine Aubry, ni de l'éternelle opposante marxiste Arlette Laguiller, ni du leader écologique Dominique Voynet ni encore de la future "femme de fer" possible, Michèle Alliot-Marie, l'actuelle ministre de la défense.
Ainsi peut-on dire que l'énarque Ségolène Royal plébiscitée par les socialistes de son parti (le PS) comme candidate à la présidentielle de 2007, incarne déjà la Jeanne d’Arc politique dans cette bataille électorale face aux dinosaures masculins de tout poil.
Je n'ai pas l'intention ni de faire des pronostics favorables ni d'adresser des louanges à cette dame qui incarne, dit- on, "une nouvelle manière de faire de la politique". Étant un peu tôt, je me contente seulement de noter cette féminisation des plus hauts postes de responsabilité politique qui avait déjà commencé 45 ans auparavant et continue encore dans des pays d'Orient et d'Extrême-Orient (dont musulmans). Beaucoup d'entre nous connaissent, l'indienne Indira Gandhi, la pakistanaise Benazir Bhutto, la turque Tansu Çiller, les deux philippines : Cory Aquino et l'actuelle Gloria Macapagal Arroyo, la Bangladeshi Khaleda Zia, l'indonésienne Megawati Setiawati Sukarnoputri, la sri lankaise Sirimavo Bandaranaike qui, quant à elle, fut (en 1959) la première femme de l'histoire contemporaine à occuper le poste de Premier ministre dans un pays…
Ce doux tsunami a tardé un peu avant de balayer le monde occidental. Ce n'est que durant les trois dernières décennies que l'on a commencé à voir des femmes arriver au plus haut rang du pouvoir : d'abord en Islande ensuite en Grande Bretagne, à la République d'Irlande, en Allemagne, à la Nouvelle-Zélande, au Chili, en Finlande, puis ailleurs au Mozambique, au Libéria et à la Jamaïque…
Pour revenir en France, je dirais qu'en cas de victoire "Royal" aux présidentielles, le fait que Ségo soit une femme sera pour quelque chose si l'on croit le sondage d'Ipsos. Selon ce dernier, on apprend qu'à la question "Qu'est-ce qui vous attire le plus dans la candidature de Ségolène Royal", 37% des sondés répondent "c'est une femme", tandis que 21% estiment qu'elle "incarne le renouveau de la gauche" et 18% qu'elle est "la seule capable de battre Nicolas Sarkozy au deuxième tour". Chez les sympathisants socialistes, les réponses arrivent dans le même ordre, 41% d'entre eux répondant que c'est d'abord parce qu'elle est une femme, 33% qu'elle incarne le renouveau de la gauche et 30% qu'elle est la seule capable de battre M. Sarkozy.
« Je suis une femme et ça se voit » disait-elle en guise de réaction à plusieurs critiques masculines plus ou moins misogynes. Pour ajouter une toute dernière touche à ce portrait inachevée de la future Marianne socialiste, je cite l'ex-gauchiste franco-allemand, Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts au Parlement européen, affirmant que "Ségolène Royal fait peur à Nicolas Sarkozy", car face à elle, le président de l'UMP paraîtra "aussi ringard que beaucoup d'éléphants" du PS. Selon lui, Ségolène Royal incarne "une nouvelle manière de faire de la politique", et d'ajouter "elle prend des risques". À mes yeux ce risque, risquerait d'être plus équilibré si en face d'elle se levait non pas un Sarkozy en coq mais une Alliot-Marie en Marianne de fer.
RAFRAFI
15:40 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
jeudi, 09 novembre 2006
Beit Hanoun
Je ne connais pas le prénom de cette petite fille dont l'image ci-contre. Par contre je sais bien qu'elle est palestinienne et surtout qu'elle est encore une enfant. Elle n'a pas l'air de comprendre ce qui lui arrive ni pourquoi ni comment. Mais viendra le jour où elle saura qu'il s'agissait encore d'un massacre israélien et qu'elle s'en est tirée vivante in extremis, légèrement blessée, or que ses deux parents et bien d'autres enfants, frères, sœurs et voisins, ont été écrasés, déchiquetés sous les obus de l'artillerie israélienne.
Que peuvent faire des corps si petits si fragiles si impuissants et par-dessus le marché, en plein sommeil, devant cette intrusion violente et aveugle d'une armée surarmée jusqu'aux dents qui tire sur tout ce qui bouge et ce qui ne bouge pas pour qu'il ne bouge plus ?!
Face à cette atrocité je n'ai ni de rhétorique à développer ni de verbiage spécieux à étaler. Je dirais tout simplement : Pourvu qu'on n'oublie pas.
RAFRAFI
Visitez :
- Chroniques de Palestine, le blog d'Anne P. France
- Pour la paix en Palestine
- la-paix.org/Palestine
20:05 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
dimanche, 09 avril 2006
En avril, on n'enlève aucun fil
Je ne sais pas si c'était le hasard ou non, qui fait que mon dernier billet Guerre et pax americana, remonte à la date du début de la guerre contre l'Irak, et que celui-ci tombe en ce jour du 9 avril, qui, selon certains, marque la fin de cette guerre, mais selon d'autres, plus lucides et honnêtes, ça marque la chute de Bagdad et du régime de Saddam.. Car la guerre, par contre, continue de plus belle, sans qu'elle ne soit belle, hélas!
Au fait, je n'avais pas l'intention de reprendre le fil du blog spécialement ce jour dont la date est devenue très emblématique. Je ne suis pas féru de chronologie. Mais un email que j'ai reçu hier, me demandant pourquoi je me suis arrêté d'écrire, m'a incité à reprendre ce fil d'aussitôt. Je n'avais pas non plus l'intention de reparler de guerre ni d'Irak, comme je viens de le faire ici.
Il y a quelques jours, je pensais aborder un sujet parlant de poésie, mais faute de verve suffisante, j'ai renoncé.. Jusqu'au moment (hier seulement) où un commentaire posté par Wira, bloggeuse d'une sensibilité indéniablement humaniste, me demande la permission d'écrire un texte sur moi dans son blog Illusion de Vie que je trouve riche, altruiste et généreux. Son choix s'est plutôt porté sur ma poésie qui figure sur la colonne gauche de ce blog. Cette généreuse attention de sa part, m'a mis de l'eau à la bouche. Je me suis dit : un peu de poésie dans ce désordre cosmique, ça ne peut faire que du bien pour des bloggeurs, comme nous, avides d'un équilibre moral.
Mais en visitant hier Bolgabrac, de l'ami bloggeur MG, qui excelle dans la dissection sociologique du temps et de l'espace qu'il vit, je découvre qu'il vient d'insérer dans l'entête de son blog un compteur "live", indiquant seconde par seconde, en dollar américain, le coût de la guerre en Irak. Du coup, je me dis : pas d'échappatoire ni de répit. Je ne peux pas m'éloigner d'une réalité cauchemardesque qui ne cesse de me suivre, même dans mon sommeil..
Toutefois, je me promets, ne serait-ce que par instinct de conservation, de me laisser divaguer joyeusement, de temps en temps, dans cette blogosphère à la fois multicolore et limpide qui me (nous) sert de foyer parallèle.
RAFRAFI
21:49 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 21 mars 2006
GUERRE ET PAX AMERICANA
Au moment où l'on commence à compter par milliers les victimes (tout d'abord de soif) de la sécheresse dans la Corne de l'Afrique (voir note précédente) et où la population palestinienne de la Bande de Gaza, n'ayant plus de pain depuis quelques jours après des semaines de bouclage israélien, s'attend à une vraie famine, voilà que l'on vient hier (20 mars) de commémorer trois années de guerre contre l'Irak, menée par les Etats-Unis avec quelques alliés suivistes et opportunistes.
Ni les préjudices des famines ni ceux des calamités naturelles, dont Katrina, n'ont changé, ne serait-ce que d'un cheveu, la position de Bush qui persiste et signe, en prétendant que la guerre était une bonne décision.
Quand il dit à cette occasion (néfaste) qu'il est prêt à attaquer l'Iran pour la sécurité d'Israël, on y voit déjà un des objectifs de cette politique guerrière des néoconservateurs : protéger Israël quitte à anéantir tous ceux qui l'entourent.
C'était presqu'une des conséquences de la guerre contre l'Irak : déséquilibre stratégique en faveur d'un Israël nucléairement surarmé, contre un monde arabe nucléairement désarmé. Première étape qui, parait-il, serait suivie par une autre, géo-stratégiquement plus élargie, en soumettant l'Iran au même sort irakien, en vue d'instaurer un soi-disant "Grand Moyen-Orient" "démocratique", "protégé" par une pax americana dotée d'une suprématie nucléaire israélienne.
J'ai toujours pensé que la guerre anglo-américaine contre l'Irak, qui dure encore, avait provoqué trois sortes de pertes:
- Celle que je viens de mentionner plus haut, à savoir la perte géostratégique pour les arabes.
- Une perte humaine dont aucun, en principe, ne devrait être indifférent. Rien que pour la période allant du jour de la chute de Bagdad (9 avril 2003) à ce jour, trente cinq mille victimes irakiennes contre 2500 soldats américains et anglais, selon des statistiques officiellement annoncées, sans oublier les victimes parmi les journalistes (un record enregistré par cette hécatombe: 86 journalistes et collaborateurs des médias tués, et 38 enlevés)
- La troisième perte, qui m'importe plus particulièrement en raison de ma vocation, c'est la perte culturelle, et quelle perte! L'histoire nous parle déjà de ce que Bagdad avait vécu lors de l'invasion mongole (en 1258) dirigée par Hulagu qui envoya au dernier calife abbasside, al Mustassam, le message suivant:
«Quand je conduirai mon armée contre Bagdad en colère, que vous vous cachiez au paradis ou sur la terre
Je vous ramènerai depuis les sphères tournantes,
Je vous retournerai en l'air comme un lion,
Je ne laisserai personne vivant dans votre royaume,
Je vais brûler votre ville, votre pays et vous aussi.
Si vous voulez vous sauver et votre famille vénérable, écoutez mon conseil avec l'oreille de l'intelligence. Si vous ne le faites pas vous verrez ce que Dieu a voulu.»
Quelle ressemblance! Rappelez-vous le message télévisé de Bush, adressé à Saddam la veille de la guerre.Passons.

Cette invasion mongole qui a fait près de 80 000 victimes seulement parmi les Bagdadis, avait fait du Tigre, le fameux fleuve qui traverse Bagdad, un autre "Danube bleu", mais d'encre et non pas de lueur. Imaginez des milliers de manuscrits jetés par les soldats de Hulagu dans les eaux du fleuve. Imaginez la quantité d'idées, de théories, de formules et d'équations mathématiques, de poèmes et de et de et de … partis en encre diluée, à jamais, dans les eaux du Tigre!!
Sept siècles et demi plus tard, d'autres milliers de manuscrits anciens, sont partis en fumée (noire cette fois-ci) à la suite d'un obus lancé contre la bibliothèque nationale des manuscrits, sous le regard indifférent des soldats yankees de Bush, qui n'ont protégé que les locaux du ministère du pétrole à Bagdad. Inutile de rappeler le saccage du musée de Bagdad survenu le même jour, et les milliers des pièces archéologiques dérobées ou détruites, dont plusieurs tablettes d'argile trois fois millénaires sont arrivées, entre autre, à Tel-Aviv.
Toujours dans le cadre de cette grande perte culturelle, un dicton arabe me revient à l'esprit, disant: "l'Egypte écrit, le Liban publie et l'Irak lit"... Ceci résume un des aspects de la culture arabe du XXème siècle, où les irakiens étaient connus, entre autre, par leur engouement pour la lecture. Ils étaient ciblés par la plupart des éditeurs arabes, mais à présent, par les obus, les balles, les voitures piégés, les pénuries de toutes sortes, tandis que les savants, les scientifiques, les experts, les économistes...le sont par les meurtres, les enlèvements, si non par l'exode…
C'est bien navrant que les irakiens ont manqué leur salut autonome en laissant aux autres (d'outre atlantique) le soin (indélicat) de détrôner leur tyran.
Churchill disait que, dans une guerre, la vérité en est toujours la première victime. En Irak cette vérité-victime n'est pas seulement éthique, elle est aussi historique et surtout culturelle.
RAFRAFI
Images sources:
- En haut: Ishtar, déesse babylonienne de l'amour et de la fécondité
- Plus bas: caricature d'Al Quds.
13:59 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
dimanche, 05 mars 2006
L'hypocrisie des plus grands
Je voudrais rassurer les peuples qui meurent de faim dans le monde : ici, on mange pour vous.
[Coluche]
Dans quelques jours commencera le lugubre compte à rebours pour les trois millions (ça fait un peuple, Non!) d'affamés Somaliens et Kenyans dans la Corne de l'Afrique. L'ange de la mort entamera sa mission par les plus vulnérables, c'est-à-dire les enfants qui sont déjà décharnés avec, comme toujours, le ventre grossi, mais de quoi ? De vent, pardi.
Quand des experts de différentes agences d’aide humanitaire nous disent que deux cent cinquante millions de dollars (l'équivalent de ce que gagnent dix footballeurs dans certaines équipes européennes) suffiront pour tenir en vie, jusqu'en février 2007, ces trois millions de damnés qui, humainement, nous ressemblent comme deux gouttes d'eau, qu'est-ce que l'on attend alors pour débourser cette somme?
Au moment où Chirac continue son voyage d'affaires au pays des princes des pétrodollars, et Bush, sa très coûteuse (en vies humaines et en milliards de dollars) croisade contre des hypothétiques menaces terroristes, le reste des dirigeants du G8 semblent préoccupés eux-aussi, par la grippe aviaire et leurs soucis nationaux.
Mais, pourquoi évoquer le G8 ? Pour sa fameuse déclaration de 2003, annonçant son plan d'action contre la famine en Afrique. Ce G8 avait explicitement confirmé ce qui suit: "Nous reconnaissons que la sécurité alimentaire est un sujet de préoccupation mondiale. Des millions de personnes dans le monde, dont plus de 40 millions en Afrique, risquent de mourir de faim." Et d'ajouter plus loin: "Depuis Kananaskis, nous nous sommes engagés à verser 3,2 milliards de dollars US, dont 1,4 milliard pour l'Afrique subsaharienne, à titre d'aide à l'agriculture et à la sécurité alimentaire à long terme."
La sonnette d'alarme qui vient d'être tirée par quelques occidentaux qui suivent de plus près la genèse de cette horrible famine, souligne que la somme d'argent sollicitée assurera trente mille tonnes de céréales par mois pour une durée de 11 mois. Quand on sait que sur les 250 millions de dollars, seulement 28 millions ont été recueillis jusqu'ici, tandis que des milliards de dollars circulent à tort et à travers dans un monde lui-même de travers, (des milliards de dollars réservés à la lutte contre l'obésité aux États-Unis; quel paradoxe!!), on ne peut que reconsidérer le dicton de Cioran: "Tout homme qui ne meurt pas de faim est suspect."
Cette faim a toujours été dénigrée par les plus illustres de l'Histoire inhumaine de l'humanité. Ali, cousin et gendre du prophète Mohammad, a dit une fois "si la faim était un homme je l'aurais tué". Victor Hugo affirme, quant à lui, que "Tout le monde a droit de vie ici-bas, et la mort de faim est un crime social". Quant à moi, je me demande si Bush, militairement passionné par les libertés et les droits de l'homme dans le monde, savait-il ce qu'un de ses prédécesseurs avait dit à ce propos: "Le premier des droits de l'homme est celui de pouvoir manger à sa faim". Signé, Franklin Roosevelt !! Je m'en doute fort.
Je pourrais, mais très difficilement, accepter l'idée que Bush, patron du monde comme certains le nomment, soit vraiment soucieux du bien-être et des irakiens et des afghans, quitte à en tuer quelques milliers (là, je refuse), mais je ne pourrais pas imaginer que ces millions d'affamés, habitants de l'Afrique, berceau de l'humanité, soient à ses yeux des vénusiens ou des martiens!! Si la vie humaine est si chère pour Bush et ses alliés, la faim ne mérite-t-elle pas d'être combattue tout comme les armes à destruction massives, d'ailleurs encore introuvables!! Quelle hypocrisie!!
On s'affole, on se mobilise à très haut niveau, pour faire face à la grippe aviaire qui n'a tué jusqu'à présent qu'une petite centaine d'individus sur une totalité d'environ 6 milliards et demi (rien à voir avec ce que fait le tabac ou la route!). Par contre, trois millions "d'autres" individus (hommes, femmes, enfants, jeunes vieux..), menacés directement, concrètement et immédiatement de disparition, c'est, peut-être, virtuel pour certains, ou préhistorique pour d'autres!! Quel aveuglement!!
Honte à ceux qui possèdent des richesses et à ceux qui dirigent ce monde! Honte à ceux qui, à la fois, possèdent et dirigent! Honte à ceux qui possèdent ceux qui dirigent! Honte à ceux qui dirigent ceux qui possèdent!
Honte à nous tous, sans distinction.
Honte à moi.
Rafrafi
23:10 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
lundi, 20 février 2006
Un Meddeb anachronique
À côté d'un Max Gallo (Historien et romancier), barricadé derrière un hexagonisme qui frôle le chauvinisme (son dernier livre est intitulé Fier d'être Français. – À mon avis on devrait être plutôt fier de ce qu'on devient ou choisit, et non pas de ce qu'on est !, sinon ça traduirait un sentiment de suprématie, ingrédient de base d'un racisme ou d'un fascisme.) et d'un Philippe Val (directeur de la rédaction de Charlie-Hebdo), qui, lui-même, sur une autre chaîne tv, préfère l'humour du journal danois à celui de Dieudonné (!) et d'Olivier Roy Directeur au CNRS, (auteur de L'islam mondialisé) qui s'est distingué par une lecture plus critique dans les deux sens avec un recul digne d'un chercheur, à côté d'eux donc et non pas face à eux, Serge Moati a choisi trois musulmans bien différents l'un de l'autre, pour animer sa récente émission RiposteS sur France5 intitulée Caricatures choc des images ou des civilisations. La présente note n'est pas pour rendre compte de la teneur de ce débat fort intéressant et parfaitement dirigé par Moati, ni de commenter tous les propos des intervenants. Mais plutôt de focaliser mon propos sur la participation d'Abdelwahab Meddeb, l'un des trois arabo-musulmans présents.
À la différence de Fouad Alaoui (neuropsychologue, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman, originaire du Maroc), qui, conscient de sa position et de son rôle, est resté dans le cadre français pour fustiger un discours qui, selon lui, nourrit la notion de choc des civilisations et a appelé au respect réciproque, ou d'Ali Dilem (Caricaturiste algérien, condamné l'an dernier à verser une amende pour offense caricaturale à son président) qui, conscient lui aussi de sa provenance, a émis, malgré sa profession, des réserves vis-à-vis des caricatures danoises qui ont choqué sa mère et le petit peuple de son pays, et signalé aux français présents "Vous êtes entrain de payer la politique des États-Unis. On a vu des bébés bombardés à Bagdad, des hommes tués dans les mosquées, le Coran foutu dans les toilettes... et personne n'a réagit. Je pense, ajoute-t-il, qu'il s'agit d'une accumulation de choses", notre Abdelwahab Meddeb (enseignant la littérature comparée à l'université Paris X-Nanterre) a, quant à lui, choisi l'escalade, l'affrontement et la diabolisation.
Quand Meddeb dit: "Nous sommes en guerre, et l'essentiel, c'est comment faire pour détacher l'islam de l'islamisme, de ces démons islamistes?", c'est déjà hors-sujet de l'émission. En plus, il donne ainsi l'impression de prendre ces islamistes pour des volatiles atteints de grippe aviaire qu'il faut isoler avant de les décimer!
Bien que contradictoires, tous les arguments de ses interlocuteurs ont pratiquement respecté l'ordre du jour de l'émission. N'est-il pas étrange que cet enseignant de littérature comparée, ne parvient pas à comparer les situations et les approches? Les dessins danois (thème de l'émission) n'ont pas été publiés dans le but de détacher l'islam de l'islamisme! Et admettons que c'était le cas, l'effet est tout à fait contraire. La réaction face à ces dessins tendancieux, était presqu'unanime voire euphonique entre musulmans et islamistes, régimes et oppositions, présidents et monarques, imams et fidèles, élites et foules. Meddeb s'est bien trompé d'émission. Il devrait participer à une de ces émissions produites par une chaine officielle d'un État en guerre ouverte contre ses islamistes, et non pas par une chaine à vocation universelle. Pour être moins sévère, je dirais que sa thèse est plus plausible dans un débat islamo-islamique et non pas islamo-occidental, débat déjà miné, sur le plan international, par des stratégies géopolitiques qui, apparemment lui échappent voire le dépassent.
Le Meddeb (Nom de famille, qui veut dire dans le dialecte tunisien: précepteur de l'école coranique d'enfants) que je connaissais, que j'ai rencontré deux ou trois fois dans le cadre d'un dialogue euro-arabe, ce poète arabo-tunisien d'origine, francophone de culture, pour qui je n'ai pas hésité à traduire, quelques uns de ces poèmes vers ma (et sa) langue maternelle, je ne le reconnais plus.
Tantôt intellectualistes tantôt d'un étudiant studieux, ses arguments au cours de l'émission, étaient de facture académique dont avait besoin son voisin, celui de Charlie Hebdo, pour que ce dernier relance la ritournelle orientalo-exotique en disant que personne en Occident n'est contre l'islam, la preuve qu'on n'arrête pas d'aimer les Milles et une nuits, Omar al Khayyâm.. etc. avant d'ajouter en se demandant comment les français n'ont pas essayé de découvrir "ces musulmans modérés" (dont Meddeb) et de les soutenir pour s'exprimer librement. Là, Meddeb lance à son voisin "c'est ce que je fais depuis trente ans". Pauvre Meddeb! il ne cesse pas d'être un trésor enfoui d'Ali Baba, qui reste toujours à découvrir par ceux qui sont en train de faire l'histoire à sa place et en son nom.. Malgré la difficile corrélation Meddeb-occident, qui me rappelle celle des Harkis avec la France, cette méconnaissance des Val et des Gallo d'un Meddeb, intégré et vacciné, s'étend ailleurs pour atteindre entre autre le forum du site de RiposteS, dans lequel deux sur trois commentaires ayant évoqué la participation de Meddeb, n'ont rien retenu de ce qu'il a dit ni même son nom au moins, lui qui depuis trente ans n'écrivait qu'en français et pour les français: le premier commentaire le présente comme suit "surtout le trio VAL GALLO et leur voisin (dont je n'ai pas retenu le nom...)". Pour le remercier, le deuxième commentaire écrit texto: "Merci au monsieur de religion musulmanes à coté de mrs Val et Gallo".
Reste un point qui n'a pas été clarifié (car ce n'était pas le thème du débat) et qui prête à beaucoup de confusion. Qu'est-ce que Meddeb entend par islamistes qu'il qualifie de démons et auxquels il déclare la guerre en invitant tout le monde à faire autant? Est-ce Al Qaeda et ses mouvances? Bush s'en charge déjà, ou du moins il fait semblant (par rapport à Ben Laden notamment) en incitant sans cesse ses alliés à le suivre. Ou bien les partis politiques islamistes, dont l'agenda s'inspire de l'islam? Là, on aura affaire à une variété de partis des plus modérés (le parti au pouvoir actuellement en Turquie) aux plus durs (Hamas récemment au pouvoir) en passant par les frères musulmans en Égypte, les nouveaux partis religieux d'Irak etc. Si ceux-là sont bien les démons islamistes dont parle Meddeb, que faire pour les détacher de l'islam qu'il revendique, tout en sachant qu'ils ont été démocratiquement élus?!
Ajouter au mot Islam le suffixe isme, ne justifie pas la diabolisation de ses adeptes. Si non, quelle différence, moralement parlant, entre chrétienté et christianisme, judaïté et judaïsme? La plupart de ces organismes (partis, mouvements, courants, associations..) qui se disent islamiques (islamiya) et que certains (dont Meddeb) appelle islamistes, aspirent par le biais des urnes à une sorte de démocratie islamique à l'instar des démocraties chrétiennes en Europe (représentées elles aussi par des partis politiques). Selon Dilem, le caricaturiste algérien, les islamistes de tous les pays arabes (où, selon lui encore, il n'y a que des dictateurs qu'ils soient présidents ou souverains) gagneront n'importe quelles élections à condition qu'elles se passent sans fraude ni manipulation. L'indignation de Meddeb (en tant qu'intellectuel incroyant et laïc et c'est son droit le plus absolu dans ce choix) est basée, semble t-il, sur son refus absolu de politiser l'islam ou d'islamiser la politique. Ce refus ne devrait pas, néanmoins, se transformer en discours diabolisant qui risque de frôler l'incitation à la haine. À cet égard, cet islamisme (que je baptiserais islamité) qui enrage Meddeb, est à l'islam ce que le sionisme est à la judaïté. Nul ne nie que l'État sioniste soit un État juif, que pour et par les juifs. Pourquoi ne pas diaboliser donc les sionistes?! Meddeb, a t-il le courage de crier haut et fort, comme il vient de le faire chez Moati, et de se demander de la même façon: "Nous sommes en guerre, et l'essentiel, c'est comment faire pour détacher la judaïté du sionisme, de ces démons sionistes?" Sinon, que pense-t-il du président américain Bush qui s'inspire directement, comme il le dit lui-même, du Bon Dieu pour mener sa politique de guerre en Afghanistan et en Irak?
Je ne pense nullement que Meddeb utilise consciemment, la fameuse et fâcheuse règle des deux poids deux mesures. En fait, il ressemble dans cette affaire à une personne qui s'engage sur un terrain de jeu sans en connaitre la règle ni utiliser les outils adéquats.. Ainsi, pour expliquer à l'auditoire sa vision de l'islam, il s'est mis à lire deux textes. En citant le panthéiste Spinoza pour exalter une certaine unicité cosmico-divine, et le mystique ibn Arabi pour poétiser cette unicité, Meddeb invite les musulmans du monde à ne vivre que d'amour et d'eau fraîche. Cette lecture de l'histoire, bien que très poétique, elle reste en soi très personnelle et très idéaliste, je dirais même qu'elle ressemble à l'eau de rose dont les musulmans arrosent le corps d'un défunt juste avant de l'enterrer.
Meddeb néglige la dimension historique des idées. À ma connaissance, ni les peuples chrétiens d'Europe ni leurs institutions politiques ne se sont inspirés de Spinoza. Seule la franc-maçonnerie l'a fait. Quant à l'apport d'ibn Arabi et des soufis de l'islam du même rang, il s'est transformé, sous les Ottomans, en rituel folklorique avec les marabouts et les charlatans. C'était déjà un des symptômes de la décadence arabo-musulmane. Voilà pourquoi cette lecture d'islam par Meddeb parait-elle anachronique.
Étant passé à côté de l'émission, Meddeb se devrait de proposer à Moati une autre émission sur l'islam et sur la possible cohabitation religieuse et laïque dans cette Europe du XXIe siècle.
RAFRAFI
04:50 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 10 février 2006
Piètre sacrée surenchère
Je n'avais nullement l'intention de faire de ce blog une chronique pour tel ou tel évènement, ni un forum ouvert à des pitoyables intrus. Mais le fait est là: l'escalade incendiaire provoquée par les caricatures danoises, me laisse encore sur le qui-vive, en guettant à la fois l'évolution de l'évènement et l'avènement de quelques commentaires outrageux lesquels je suis obligé de supprimer aussitôt reçus (faute de modération logique de quelques commentateurs, et de modération logicielle de ma part).
Juste avant de commencer cette note, une dépêche de l'AFP vient d'annoncer que le quotidien danois Jyllands Posten a mis en ligne sur son site une nouvelle version en arabe présentant ses "excuses". Cette information rapidement reprise par différents médias arabes et arabophones, pourrait mettre fin à cette escalade de colère. (Ouf!)
Mais, Charlie Hebdo, en prenant le train en marche, a préféré monter la surenchère pour tripler ses ventes, et ce en republiant non seulement les "dessins de la colère" mais aussi les caricatures sur la Shoa récemment proposées par des caricaturistes iraniens au journal danois lequel a astucieusement refusé la publication!
Ce qui est franchement stupide de la part de Charlie Hebdo, c'est ce lamentable amalgame que le journal tente d'imposer et de normaliser. Republier à la fois les caricatures danoises (ce qui enfonce davantage le clou) et les caricatures iraniennes, c'est faire un parallèle (qui n'est pas néanmoins rectiligne) entre deux choses foncièrement différentes. Résultat inavoué: désacraliser Muhammad pour sacraliser la Shoa. C'est ce que j'ai aussi compris (mais avec prudence, comme même) en lisant l'éditorial de S. July dans Libé, qui, en parlant de Charlie Hebdo, se demande: "Fallait-il pour autant en arriver à cette caricature de la caricature en établissant une détestable et discutable équivalence?"
Heureusement qu'en dehors de ce marketing caricatural, un courant de sincère sympathie parcourt le globe (via Internet). Comment ne pas être ému, lorsque je lis sur un blog somalien une lettre adressée à son auteur par une personne américaine qu'il ne connaît pas, lui demandant pardon pour l'affront causé par les caricatures? Même émotion, en lisant un commentaire posté sous ma note "je m'appelle Mohamed" par MG (ami écrivain et bloggeur belge) qui très aimablement m'adresse ses excuses pour l'offense dont il n'est point responsable. N'est-ce pas là une des valeurs chrétiennes les plus significatives? Une démarche consolante qui traduit intrinsèquement ce passage de l'Evangile de Luc: Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19, 10).
RAFRAFI
06:40 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note












