vendredi, 12 janvier 2007

Mieux tard que jamais

medium_carter_.jpgLa présente note aurait dû paraître quelques semaines auparavant à la suite de la publication, en octobre dernier, du livre ‎controversé de l’ancien président américain Jimmy Carter, intitulé "Palestine : la paix, pas l’apartheid !"… ‎
Pour mon humble personne, ce retard pourrait toujours se justifier par des contraintes personnelles… Mais est-il de même pour M. Carter ‎qui semble avoir mis beaucoup de temps avant de livrer enfin sa vraie lecture du drame palestinien ? ‎
La coutume chez certaines grandes personnalités publiques est de toujours choisir le moment qui leur semble opportun ‎pour divulguer ce qu'elles dissimulaient, bon gré, mal gré. C'est le cas, semble-t-il aussi pour Kofi ANAN qui, une fois à la ‎retraite, se lance dans une critique amère à l'égard de la politique américaine en Irak, allant jusqu'à dire que la situation ‎de ce pays était meilleure sous Saddam que sous l'occupation. Evidence qui se présente comme une confession ‎obsolète mais qui sort de la bouche de l'ancien secrétaire général de l'ONU, comme une preuve manifeste d'une ‎défaillance morale à l'échelle de la planète. ‎
Pour revenir à l'ex-président nobélisé pour la paix, j'ajouterais que son témoignage arrive comme même à bon escient du ‎moment qu'il émane de celui qui avait pu imposer (1977-1981) le premier accord de paix israélo-égyptien, et surtout qui ‎avait voyagé partout dans la Terre Sainte au cours des trois dernières décennies, en particulier dans les territoires ‎palestiniens occupés. C'est là qu'il avait supervisé, avec l'apport de son "Carter Center", les élections palestiniennes de ‎‎1996, de 2005 et surtout de 2006 qui ont permis aux palestiniens de choisir les candidats du Hamas pour gouverner.‎
Dans ce livre, Carter assimile la politique Israélienne actuelle dans les territoires palestiniens à un «système ‎d’apartheid». Il taxe Israël d'être un Etat «totalement dominant» qui réprime par la violence «en privant les Palestiniens ‎de leurs droits humains fondamentaux». Il ajoute que «le peuple juif supporterait en Israël ou ailleurs un gouvernement ‎qui institutionnalise l’oppression sur une base ethnique».‎
Concernant les relations entre les Etats-Unis et Israël, il critique l’appui inconditionnel à l’Etat hébreu, qui pour les ‎chrétiens évangéliques de son pays (Carter lui-même est un pasteur baptiste) fait partie de la «politique étrangère de ‎Dieu». Le violent tollé soulevé notamment par les sionistes et les pro-sionistes de tous bords contre l'aveu de cet ex-‎président démocrate, continue de plus belle sans qu'il continue pour autant à faire la une des médias.‎
Pour calmer un peu les esprits et modérer ses propos devant les citoyens juifs des Etats-Unis, Carter s'est trouvé conduit ‎à écrire un article que j'ai reçu par e-mail de la part de voltairenet.org, traduit en français et que je reproduis ci-après pour ‎la curiosité de ceux qui ont ou pas encore lu ce livre-repère d'un auteur-témoin.‎
RAFRAFI
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Aux citoyens juifs des États-Unis
Par Jimmy Carter*‎

Une vive polémique s’est développée aux États-Unis après la parution du livre de l’ancien président Carter, Palestine : la paix, pas ‎l’apartheid ! Répondant à ses détracteurs juifs, le politicien et prêcheur baptiste a circonscrit son propos. Il a maintenu sa ‎dénonciation de la situation dans les territoires occupés et a retiré ses critiques relatives au régime politique en Israël même. A ‎défaut de calmer l’AIPAC, ce compromis semble avoir satisfait l’électorat juif états-unien. (voltairenet.org)‎
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Au cours de ma récente tournée de dédicaces de mon livre, j’ai signé plus de 100 000 exemplaires, et j’ai été interviewé ‎par plus de cent médias.‎
Le plus impressionnant fut pour moi ma rencontre avec les dirigeants du Consistoire de l’Agglomération de Phoenix, qui ‎avaient annoncé, avant mon arrivée, qu’ils manifesteraient afin de protester contre mon ouvrage. Quand ils m’ont invité à ‎les rencontrer, j’ai immédiatement accepté. Les six rabbins (trois hommes et trois femmes) et moi-même, nous fûmes les ‎seules personnes présentes, à l’exception d’une équipe de cameramen sous la direction de Jonathan Demme, qui ‎réalisait un documentaire sur moi et l’action du Carter Center. M. Demme a indiqué alors qu’il y avait [dehors] un groupe ‎tout aussi important de citoyens juifs, qui manifestaient leur soutien à mon livre, et [plus important] à l’exhortation à la ‎paix dont il se veut le vecteur.‎
Nous avons tout d’abord débattu du traité de paix que j’ai négocié [personnellement] entre Israël et l’Égypte, en 1979, ‎ainsi que de la Commission sur l’Holocauste, dont j’ai annoncé la création à l’occasion du trentième anniversaire de la ‎création d’Israël. Cinq de mes interlocuteurs avaient lu la totalité de mon livre, et un autre ne l’avait lu qu’en partie. J’ai ‎répondu à leurs questions sur le texte et sur son titre : Palestine : la paix, pas l’apartheid ! J’ai souligné, comme je l’avais ‎d’ailleurs fait tout au long de ma tournée de dédicaces, que le livre porte sur les conditions et les événements dans les ‎territoires palestiniens, et non en Israël, où existe une démocratie comportant toutes les libertés dont nous jouissons aux ‎États-Unis, et où les Israéliens, juifs et arabes, se voient garantir les mêmes droits, en tant que citoyens.‎
Nous avons débattu du mot « apartheid », que j’ai défini comme la ségrégation forcée entre deux peuples vivant sur le ‎même territoire, l’un d’entre eux dominant et persécutant l’autre. J’ai dit clairement dans le livre, et dans ma réponse à ‎ces rabbins, que le système d’apartheid prévalant en Palestine n’est pas basé sur le racisme, mais sur la convoitise ‎d’une minorité d’Israéliens pour les terres palestiniennes et sur la répression des protestations qui en résultent, et qui ‎impliquent la violence. Mgr Tutu, Nelson Mandela et d’éminents Israéliens, dont l’ex-procureur de la République Ben Yair, ‎qui a été en fonctions sous des Premiers ministres tant du Likoud que du Parti travailliste, ont utilisé et explicité cette ‎qualification en des termes bien plus durs que moi, faisant observer que cette cruelle oppression est contraire aux ‎préceptes de la religion juive ainsi qu’aux principes fondamentaux de l’État d’Israël.‎
Ayant voyagé partout dans la Terre Sainte au cours des trente-trois années écoulées, en particulier dans les territoires ‎occupés, je suis qualifié pour décrire la situation à partir de mes propres observations. De plus, le Carter Center a ‎supervisé les élections palestiniennes de 1996, de 2005 et de 2006, ce qui exigeait un engagement intime et exhaustif ‎avec des citoyens palestiniens : des candidats, des édiles publics et aussi les plus hauts dirigeants politiques israéliens, ‎qui contrôlaient les check points partout à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et toutes les facettes du ‎déroulement de ces élections à Jérusalem Est.‎
J’ai dit très clairement que je n’ai jamais clamé que les juifs états-uniens contrôleraient les médias, mais j’ai réitéré que le ‎parti pris écrasant en faveur d’Israël a pour origine des chrétiens comme moi-même, à qui on a enseigné depuis ‎l’enfance à honorer et à protéger le peuple élu de Dieu, duquel est issu notre sauveur, Jésus Christ.‎
Un facteur supplémentaire, en particulier dans l’arène politique, est la puissance influence de l’AIPAC, qui exerce sa ‎mission légitime consistant à expliciter les politiques actuelles du gouvernement israélien, et à susciter un maximum de ‎soutien dans notre pays.‎
Or, il n’y a aucune expression d’opposition à cela. Je connais bien les actes d’extrême violence qui ont été perpétrés ‎contre des civils innocents, et je comprends la peur qu’ont beaucoup d’Israéliens que les menaces contre leur sécurité et ‎même contre leur existence, en tant que nation, restent présentes. J’ai redit ma condamnation catégorique de tous ces ‎actes de terrorisme.‎
La question des propositions que je formule pour le Moyen-Orient m’ayant été posée, je les ai résumées par l’appel aux ‎membres du Hamas et aux autres Palestiniens les exhortant à renoncer à la violence et à faire leur l’engagement pris par ‎les nations arabes en 2002 : reconnaissance totale du droit d’Israël à exister en paix à l’intérieur de ses frontières ‎légalement reconnues de 1967 (à modifier éventuellement par accord mutuel et des échanges de territoires). Cela serait ‎conforme aux résolutions de l’Onu, à la politique officielle des Etats-Unis, à l’engagement pris à Camp David en 1978 et ‎à Oslo en 1993, ainsi qu’aux principes du Quartette international, « La Feuille de Route vers la paix ».‎
Une mesure immédiate serait la reprise de conversations de paix entre Israël et les Palestiniens, interrompues désormais ‎depuis six ans. Le président Mahmoud Abbas est le porte-parole officiel des Palestiniens, ainsi que le Président de ‎l’Autorité nationale palestinienne et de l’Organisation de Libération de la Palestine, et il en a appelé de manière constante ‎à des pourparlers de paix. J’ai demandé aux rabbins de rejoindre un effort visant à inciter le gouvernement israélien à se ‎conformer à cette proposition.‎
De plus, j’ai fait observer que le peuple palestinien était privé des besoins vitaux élémentaires par les restrictions ‎économiques qui lui sont imposées par Israël et les Etats-Unis, au motif que 42 % des Palestiniens ont voté en faveur ‎des candidats du Hamas aux dernières élections. Des enseignants, des infirmières, des policiers, des pompiers et ‎d’autres employés ne sont plus payés, et l’ONU a fait savoir que les réserves de nourriture, à Gaza, équivalent à celles ‎dont disposent les familles les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, la moitié des familles survivant en ne faisant ‎qu’un unique repas quotidien. Mon autre requête était que les citoyens juifs états-uniens contribuent à rendre moins lourd ‎le calvaire des Palestiniens.‎
Le président du groupe, le Rav Andrew Straus, suggéra alors que je dise clairement à tous les juifs états-uniens que mon ‎utilisation du terme « apartheid » ne s’applique pas à la situation à l’intérieur d’Israël, que je reconnais la profonde ‎préoccupation des Israéliens causée par la menace terroriste et les autres actes de violence commis par certains ‎Palestiniens, et que la majorité des Israéliens veulent sincèrement vivre en paix avec leurs voisins. Le but de cette lettre ‎est précisément de rappeler ces points.‎
Nous avons ensuite formé un cercle en nous tenant par la main, tandis qu’un des rabbins priait. J’ai dédicacé des ‎exemplaires de mon livre, comme mes interlocuteurs m’en avaient prié, et l’aumônier juif des armées, le Rav Bonnie ‎Koppell m’a offert un livre de prières.‎
J’ai consacré une bonne partie de ma vie d’adulte à tenter d’amener la paix à Israël, et ma prière personnelle sera pour ‎que tous ceux d’ entre nous qui veulent voir les Israéliens jouir d’une paix durable avec leurs voisins se joignent à cet ‎effort collectif.‎
Sincèrement
Jimmy Carter

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‎* Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des Etats-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter ‎Center à Atlanta.

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lundi, 01 janvier 2007

Entre talion et vengeance

Dans cette ambiance tragiquement biblique qui semble encore régner dans la partie orientale du monde ‎arabe, l'exécution de Saddam Hussein, qualifiée par le Vatican de "nouvelle tragique", vient y ajouter ‎une image de déjà-vu. Le rôle de Bush dans cette affaire, n'est pas loin, du moins sur le plan procédurier, ‎de celui de Pons Pilate qui a livré Jésus à ses bourreaux. Certes Saddam ne s'était pas formé sur le moule ‎de Jésus Christ ni même sur celui de Barabbas, mais la mascarade judiciaire couronnée par cette ‎exécution précipitée et expéditive, démontre bien que la vérité demeure toujours la première victime au ‎temps de guerre.‎
Les calculs américains dans cette affaire étaient de ne pas mener à terme le procès contre leur ex-allié ‎devenu très gênant et qui risquait de dévoiler leurs manigances et conspirations communes dans sa guerre ‎contre l'Iran et les Kurdes. Donc, ils se sont contentés de ne le châtier que sur la première affaire, celle de ‎Digil, la ville où, voici vingt cinq ans, il aurait exécuté une centaine de personnes à la suite d'une ‎tentative d'assassinat contre lui.‎
Pour les kurdes, leur déception a été vite dépassée par d'autres déceptions, beaucoup plus amères, celles ‎de beaucoup d'irakiens, toutes communautés confondues, de la plupart des peuples arabes et d'une bonne ‎partie de l'opinion internationale. La plus amère de toutes ces déceptions vient du fait que:‎
‎- L'exécution était plutôt une sorte de vengeance et non pas un talion mérité. Paradoxalement sur une ‎banderole brandie dans l'enceinte où l'échafaud a été érigé, on a bien lu le verset du Coran suivant "C'est ‎dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, O vous doués d'intelligence, ainsi atteindriez-vous ‎la piété.(179, 2e Sourate "La Vache").‎
‎- Les bourreaux cagoulés ne se sont pas contentés de se taire ne serait-ce que par respect à la mort. Au ‎contraire ils se sont livrés à une sorte d'euphorie en lançant des slogans qui dévoilaient ouvertement leur ‎appartenance communautaire (en l'occurrence shiite).‎
‎- Le timing de la sentence a été choisi par les américains et leurs alliés irakiens, de telle sorte qu'il ‎coïncide avec la grande fête du sacrifice, célébrée samedi par les sunnites et exceptionnellement le ‎lendemain (dimanche) par les shiites. La provocation anti-sunnite était bien flagrante.‎
‎- Opter pour la pendaison et non pas pour la fusillade comme le réclamait vainement Saddam lui-même ‎en considération de son grade militaire, c'est faire de lui un vulgaire condamné de droit commun, et non ‎pas un prisonnier de guerre...‎
Ce qui est encore décevant à mes yeux, c'est qu'en plus de ce qui précède, la condamnation de Saddam a ‎déjà été compromise dès la chute de Bagdad par les Yankees. Quand un peuple détrône lui-même son ‎despote, ça légitime la vengeance de ce peuple même à la roumaine. Mais à partir du moment qu'une ‎force étrangère s'y immisce (pour ses propres intérêts), la vengeance d'une quelconque opposition ‎opportuniste et collabo, ne peut qu'être taxée de bassesse voire de trahison.‎
L'exécution de Saddam a été le dernier événement lugubre de l'année 2006 ; j'aurais aimé qu'il soit ‎autrement…
mais bon ! La vie continue...‎
Je souhaite, tout de même, une année 2007 positivement différente sur tous les plans, à tous mes amis et ‎à tous mes visiteurs.‎
RAFRAFI

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lundi, 20 novembre 2006

Au féminin présidentiel

medium_segolene-france.2.jpgDepuis Jeanne d’Arc, la France n'avait pas connu une figure féminine aussi emblématique que cette Pucelle ‎d’Orléans. Même la Révolution, ô combien humaniste ! n'avait pas aidé non plus à en produire.‎
Au contraire, on a plutôt l'impression que le rôle politique de la femme française avait sciemment été réduit à celui ‎de Marie-Antoinette ou juste symboliquement à celui de Marianne, la mère-patrie. Même Marie de Gournay ‎(1565 - 1645), féministe avant l’heure, a dû attendre presque quatre ‎siècles pour être enfin reconnue par les mouvements féministes de la fin du XXe siècle. À ce propos, en tant que ‎fumeur (hélas!) et fétichiste, je conservais une boite d'allumette vide des années 80 à l'effigie de Marie de Gournay, ‎sur laquelle on peut lire une citation très significative (cliquer sur la photo) de cette théoricienne féministe. ‎

medium_de_Gournay-2.jpg

C'est la raison pour laquelle, peut-être, cette France républicaine, traditionnellement jacobine, donc, quelque part ‎patriarcale voire phallocrate, aurait mis plus de temps par rapport à ses voisins (anglo-saxons et germaniques ‎notamment) pour féminiser davantage la vie politique. ‎
À travers l'image-stéréotype d'un pays de modes, de parfums, de muses, c'était plutôt l'image de Brigitte Bardot et ‎de Coco Chanel qui prévalait. Et non pas celle de la très libérale Simone Veil qui a présidé le Parlement européen ‎de 1979 à 1982, ni d'Édith Cresson, la seule femme à avoir accédé au poste de Premier ministre de la France, ni de ‎l'ex-présidentiable Martine Aubry, ni de l'éternelle opposante marxiste Arlette Laguiller, ni du leader écologique ‎Dominique Voynet ni encore de la future "femme de fer" possible, Michèle Alliot-Marie, l'actuelle ministre de la ‎défense.‎
medium_marianne.jpg

Ainsi peut-on dire que l'énarque Ségolène Royal plébiscitée par les socialistes de son parti (le PS) comme candidate ‎à la présidentielle de 2007, incarne déjà la Jeanne d’Arc politique dans cette bataille électorale face aux dinosaures ‎masculins de tout poil. ‎
Je n'ai pas l'intention ni de faire des pronostics favorables ni d'adresser des louanges à cette dame qui incarne, dit- ‎on, "une nouvelle manière de faire de la politique". Étant un peu tôt, je me contente seulement de noter cette ‎féminisation des plus hauts postes de responsabilité politique qui avait déjà commencé 45 ans auparavant et ‎continue encore dans des pays d'Orient et d'Extrême-Orient (dont musulmans). Beaucoup d'entre nous connaissent, ‎l'indienne Indira Gandhi, la pakistanaise Benazir Bhutto, la turque Tansu Çiller, les deux philippines : Cory Aquino ‎et l'actuelle Gloria Macapagal Arroyo, la Bangladeshi Khaleda Zia, l'indonésienne Megawati Setiawati ‎Sukarnoputri, la sri lankaise Sirimavo Bandaranaike qui, quant à elle, fut (en 1959) la première femme de l'histoire ‎contemporaine à occuper le poste de Premier ministre dans un pays… ‎
medium_Benazir.jpg

Ce doux tsunami a tardé un peu avant de balayer le monde occidental. Ce n'est que durant les trois dernières ‎décennies que l'on a commencé à voir des femmes arriver au plus haut rang du pouvoir : d'abord en Islande ensuite ‎en Grande Bretagne, à la République d'Irlande, en Allemagne, à la Nouvelle-Zélande, au Chili, en Finlande, puis ‎ailleurs au Mozambique, au Libéria et à la Jamaïque… ‎
Pour revenir en France, je dirais qu'en cas de victoire "Royal" aux présidentielles, le fait que Ségo soit une femme ‎sera pour quelque chose si l'on croit le sondage d'Ipsos. Selon ce dernier, on apprend qu'à la question "Qu'est-ce qui ‎vous attire le plus dans la candidature de Ségolène Royal", 37% des sondés répondent "c'est une femme", tandis que ‎‎21% estiment qu'elle "incarne le renouveau de la gauche" et 18% qu'elle est "la seule capable de battre Nicolas ‎Sarkozy au deuxième tour". Chez les sympathisants socialistes, les réponses arrivent dans le même ordre, 41% ‎d'entre eux répondant que c'est d'abord parce qu'elle est une femme, 33% qu'elle incarne le renouveau de la gauche ‎et 30% qu'elle est la seule capable de battre M. Sarkozy.‎
‎« Je suis une femme et ça se voit » disait-elle en guise de réaction à plusieurs critiques masculines plus ou moins ‎misogynes. Pour ajouter une toute dernière touche à ce portrait inachevée de la future Marianne socialiste, je cite ‎l'ex-gauchiste franco-allemand, Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts au Parlement européen, affirmant que ‎‎"Ségolène Royal fait peur à Nicolas Sarkozy", car face à elle, le président de l'UMP paraîtra "aussi ringard que ‎beaucoup d'éléphants" du PS. Selon lui, Ségolène Royal incarne "une nouvelle manière de faire de la politique", et ‎d'ajouter "elle prend des risques". À mes yeux ce risque, risquerait d'être plus équilibré si en face d'elle se levait non ‎pas un Sarkozy en coq mais une Alliot-Marie en Marianne de fer.‎

RAFRAFI

15:40 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

jeudi, 09 novembre 2006

Beit Hanoun

medium_gaza_girl2006.jpgJe ne connais pas le prénom de cette petite fille dont l'image ci-contre. ‎Par contre je sais bien qu'elle est palestinienne et surtout qu'elle est ‎encore une enfant. Elle n'a pas l'air de comprendre ce qui lui arrive ni ‎pourquoi ni comment. Mais viendra le jour où elle saura qu'il s'agissait ‎encore d'un massacre israélien et qu'elle s'en est tirée vivante in ‎extremis, légèrement blessée, or que ses deux parents et bien d'autres ‎enfants, frères, sœurs et voisins, ont été écrasés, déchiquetés sous les ‎obus de l'artillerie israélienne. ‎
Que peuvent faire des corps si petits si fragiles si impuissants et par-‎dessus le marché, en plein sommeil, devant cette intrusion violente et ‎aveugle d'une armée surarmée jusqu'aux dents qui tire sur tout ce qui ‎bouge et ce qui ne bouge pas pour qu'il ne bouge plus ?!‎
Face à cette atrocité je n'ai ni de rhétorique à développer ‎ni de verbiage spécieux à étaler. Je dirais tout ‎simplement : Pourvu qu'on n'oublie pas.‎
RAFRAFI

Visitez :
- Chroniques de Palestine, le blog d'Anne P. France
- Pour la paix en Palestine
- la-paix.org/Palestine

20:05 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

dimanche, 09 avril 2006

En avril, on n'enlève aucun fil

Je ne sais pas si c'était le hasard ou non, qui fait que mon dernier billet Guerre et pax americana, remonte à la date du début de la guerre contre l'Irak, et que celui-ci tombe en ce jour du 9 avril, qui, selon certains, marque la fin de cette guerre, mais selon d'autres, plus lucides et honnêtes, ça marque la chute de Bagdad et du régime de Saddam.. Car la guerre, par contre, continue de plus belle, sans qu'elle ne soit belle, hélas!
Au fait, je n'avais pas l'intention de reprendre le fil du blog spécialement ce jour dont la date est devenue très emblématique. Je ne suis pas féru de chronologie. Mais un email que j'ai reçu hier, me demandant pourquoi je me suis arrêté d'écrire, m'a incité à reprendre ce fil d'aussitôt. Je n'avais pas non plus l'intention de reparler de guerre ni d'Irak, comme je viens de le faire ici.
Il y a quelques jours, je pensais aborder un sujet parlant de poésie, mais faute de verve suffisante, j'ai renoncé.. Jusqu'au moment (hier seulement) où un commentaire posté par Wira, bloggeuse d'une sensibilité indéniablement humaniste, me demande la permission d'écrire un texte sur moi dans son blog Illusion de Vie que je trouve riche, altruiste et généreux. Son choix s'est plutôt porté sur ma poésie qui figure sur la colonne gauche de ce blog. Cette généreuse attention de sa part, m'a mis de l'eau à la bouche. Je me suis dit : un peu de poésie dans ce désordre cosmique, ça ne peut faire que du bien pour des bloggeurs, comme nous, avides d'un équilibre moral.
Mais en visitant hier Bolgabrac, de l'ami bloggeur MG, qui excelle dans la dissection sociologique du temps et de l'espace qu'il vit, je découvre qu'il vient d'insérer dans l'entête de son blog un compteur "live", indiquant seconde par seconde, en dollar américain, le coût de la guerre en Irak. Du coup, je me dis : pas d'échappatoire ni de répit. Je ne peux pas m'éloigner d'une réalité cauchemardesque qui ne cesse de me suivre, même dans mon sommeil..
Toutefois, je me promets, ne serait-ce que par instinct de conservation, de me laisser divaguer joyeusement, de temps en temps, dans cette blogosphère à la fois multicolore et limpide qui me (nous) sert de foyer parallèle.
RAFRAFI

21:49 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mardi, 21 mars 2006

GUERRE ET PAX AMERICANA

medium_ishtar.jpgAu moment où l'on commence à compter par milliers les victimes (tout d'abord de soif) de la sécheresse dans la Corne de l'Afrique (voir note précédente) et où la population palestinienne de la Bande de Gaza, n'ayant plus de pain depuis quelques jours après des semaines de bouclage israélien, s'attend à une vraie famine, voilà que l'on vient hier (20 mars) de commémorer trois années de guerre contre l'Irak, menée par les Etats-Unis avec quelques alliés suivistes et opportunistes.
Ni les préjudices des famines ni ceux des calamités naturelles, dont Katrina, n'ont changé, ne serait-ce que d'un cheveu, la position de Bush qui persiste et signe, en prétendant que la guerre était une bonne décision.
Quand il dit à cette occasion (néfaste) qu'il est prêt à attaquer l'Iran pour la sécurité d'Israël, on y voit déjà un des objectifs de cette politique guerrière des néoconservateurs : protéger Israël quitte à anéantir tous ceux qui l'entourent.
C'était presqu'une des conséquences de la guerre contre l'Irak : déséquilibre stratégique en faveur d'un Israël nucléairement surarmé, contre un monde arabe nucléairement désarmé. Première étape qui, parait-il, serait suivie par une autre, géo-stratégiquement plus élargie, en soumettant l'Iran au même sort irakien, en vue d'instaurer un soi-disant "Grand Moyen-Orient" "démocratique", "protégé" par une pax americana dotée d'une suprématie nucléaire israélienne.
J'ai toujours pensé que la guerre anglo-américaine contre l'Irak, qui dure encore, avait provoqué trois sortes de pertes:
- Celle que je viens de mentionner plus haut, à savoir la perte géostratégique pour les arabes.
- Une perte humaine dont aucun, en principe, ne devrait être indifférent. Rien que pour la période allant du jour de la chute de Bagdad (9 avril 2003) à ce jour, trente cinq mille victimes irakiennes contre 2500 soldats américains et anglais, selon des statistiques officiellement annoncées, sans oublier les victimes parmi les journalistes (un record enregistré par cette hécatombe: 86 journalistes et collaborateurs des médias tués, et 38 enlevés)
- La troisième perte, qui m'importe plus particulièrement en raison de ma vocation, c'est la perte culturelle, et quelle perte! L'histoire nous parle déjà de ce que Bagdad avait vécu lors de l'invasion mongole (en 1258) dirigée par Hulagu qui envoya au dernier calife abbasside, al Mustassam, le message suivant:

«Quand je conduirai mon armée contre Bagdad en colère, que vous vous cachiez au paradis ou sur la terre
Je vous ramènerai depuis les sphères tournantes,
Je vous retournerai en l'air comme un lion,
Je ne laisserai personne vivant dans votre royaume,
Je vais brûler votre ville, votre pays et vous aussi.
Si vous voulez vous sauver et votre famille vénérable, écoutez mon conseil avec l'oreille de l'intelligence. Si vous ne le faites pas vous verrez ce que Dieu a voulu.»

Quelle ressemblance! Rappelez-vous le message télévisé de Bush, adressé à Saddam la veille de la guerre.Passons. medium_x12.jpg
Cette invasion mongole qui a fait près de 80 000 victimes seulement parmi les Bagdadis, avait fait du Tigre, le fameux fleuve qui traverse Bagdad, un autre "Danube bleu", mais d'encre et non pas de lueur. Imaginez des milliers de manuscrits jetés par les soldats de Hulagu dans les eaux du fleuve. Imaginez la quantité d'idées, de théories, de formules et d'équations mathématiques, de poèmes et de et de et de … partis en encre diluée, à jamais, dans les eaux du Tigre!!
Sept siècles et demi plus tard, d'autres milliers de manuscrits anciens, sont partis en fumée (noire cette fois-ci) à la suite d'un obus lancé contre la bibliothèque nationale des manuscrits, sous le regard indifférent des soldats yankees de Bush, qui n'ont protégé que les locaux du ministère du pétrole à Bagdad. Inutile de rappeler le saccage du musée de Bagdad survenu le même jour, et les milliers des pièces archéologiques dérobées ou détruites, dont plusieurs tablettes d'argile trois fois millénaires sont arrivées, entre autre, à Tel-Aviv.
Toujours dans le cadre de cette grande perte culturelle, un dicton arabe me revient à l'esprit, disant: "l'Egypte écrit, le Liban publie et l'Irak lit"... Ceci résume un des aspects de la culture arabe du XXème siècle, où les irakiens étaient connus, entre autre, par leur engouement pour la lecture. Ils étaient ciblés par la plupart des éditeurs arabes, mais à présent, par les obus, les balles, les voitures piégés, les pénuries de toutes sortes, tandis que les savants, les scientifiques, les experts, les économistes...le sont par les meurtres, les enlèvements, si non par l'exode…
C'est bien navrant que les irakiens ont manqué leur salut autonome en laissant aux autres (d'outre atlantique) le soin (indélicat) de détrôner leur tyran.
Churchill disait que, dans une guerre, la vérité en est toujours la première victime. En Irak cette vérité-victime n'est pas seulement éthique, elle est aussi historique et surtout culturelle.
RAFRAFI

Images sources:
- En haut: Ishtar, déesse babylonienne de l'amour et de la fécondité
- Plus bas: caricature d'Al Quds.

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dimanche, 05 mars 2006

L'hypocrisie des plus grands

Je voudrais rassurer les peuples qui meurent de faim dans le monde : ici, on mange pour vous.medium_enfantperdu.jpg
[Coluche]

Dans quelques jours commencera le lugubre compte à rebours pour les trois millions (ça fait un peuple, Non!) d'affamés Somaliens et Kenyans dans la Corne de l'Afrique. L'ange de la mort entamera sa mission par les plus vulnérables, c'est-à-dire les enfants qui sont déjà décharnés avec, comme toujours, le ventre grossi, mais de quoi ? De vent, pardi.
Quand des experts de différentes agences d’aide humanitaire nous disent que deux cent cinquante millions de dollars (l'équivalent de ce que gagnent dix footballeurs dans certaines équipes européennes) suffiront pour tenir en vie, jusqu'en février 2007, ces trois millions de damnés qui, humainement, nous ressemblent comme deux gouttes d'eau, qu'est-ce que l'on attend alors pour débourser cette somme?
Au moment où Chirac continue son voyage d'affaires au pays des princes des pétrodollars, et Bush, sa très coûteuse (en vies humaines et en milliards de dollars) croisade contre des hypothétiques menaces terroristes, le reste des dirigeants du G8 semblent préoccupés eux-aussi, par la grippe aviaire et leurs soucis nationaux.
Mais, pourquoi évoquer le G8 ? Pour sa fameuse déclaration de 2003, annonçant son plan d'action contre la famine en Afrique. Ce G8 avait explicitement confirmé ce qui suit: "Nous reconnaissons que la sécurité alimentaire est un sujet de préoccupation mondiale. Des millions de personnes dans le monde, dont plus de 40 millions en Afrique, risquent de mourir de faim." Et d'ajouter plus loin: "Depuis Kananaskis, nous nous sommes engagés à verser 3,2 milliards de dollars US, dont 1,4 milliard pour l'Afrique subsaharienne, à titre d'aide à l'agriculture et à la sécurité alimentaire à long terme."
La sonnette d'alarme qui vient d'être tirée par quelques occidentaux qui suivent de plus près la genèse de cette horrible famine, souligne que la somme d'argent sollicitée assurera trente mille tonnes de céréales par mois pour une durée de 11 mois. Quand on sait que sur les 250 millions de dollars, seulement 28 millions ont été recueillis jusqu'ici, tandis que des milliards de dollars circulent à tort et à travers dans un monde lui-même de travers, (des milliards de dollars réservés à la lutte contre l'obésité aux États-Unis; quel paradoxe!!), on ne peut que reconsidérer le dicton de Cioran: "Tout homme qui ne meurt pas de faim est suspect."
Cette faim a toujours été dénigrée par les plus illustres de l'Histoire inhumaine de l'humanité. Ali, cousin et gendre du prophète Mohammad, a dit une fois "si la faim était un homme je l'aurais tué". Victor Hugo affirme, quant à lui, que "Tout le monde a droit de vie ici-bas, et la mort de faim est un crime social". Quant à moi, je me demande si Bush, militairement passionné par les libertés et les droits de l'homme dans le monde, savait-il ce qu'un de ses prédécesseurs avait dit à ce propos: "Le premier des droits de l'homme est celui de pouvoir manger à sa faim". Signé, Franklin Roosevelt !! Je m'en doute fort.
Je pourrais, mais très difficilement, accepter l'idée que Bush, patron du monde comme certains le nomment, soit vraiment soucieux du bien-être et des irakiens et des afghans, quitte à en tuer quelques milliers (là, je refuse), mais je ne pourrais pas imaginer que ces millions d'affamés, habitants de l'Afrique, berceau de l'humanité, soient à ses yeux des vénusiens ou des martiens!! Si la vie humaine est si chère pour Bush et ses alliés, la faim ne mérite-t-elle pas d'être combattue tout comme les armes à destruction massives, d'ailleurs encore introuvables!! Quelle hypocrisie!!
On s'affole, on se mobilise à très haut niveau, pour faire face à la grippe aviaire qui n'a tué jusqu'à présent qu'une petite centaine d'individus sur une totalité d'environ 6 milliards et demi (rien à voir avec ce que fait le tabac ou la route!). Par contre, trois millions "d'autres" individus (hommes, femmes, enfants, jeunes vieux..), menacés directement, concrètement et immédiatement de disparition, c'est, peut-être, virtuel pour certains, ou préhistorique pour d'autres!! Quel aveuglement!!
Honte à ceux qui possèdent des richesses et à ceux qui dirigent ce monde! Honte à ceux qui, à la fois, possèdent et dirigent! Honte à ceux qui possèdent ceux qui dirigent! Honte à ceux qui dirigent ceux qui possèdent!
Honte à nous tous, sans distinction.
Honte à moi.
Rafrafi

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lundi, 20 février 2006

Un Meddeb anachronique

medium_imagemea2.jpgÀ côté d'un Max Gallo (Historien et romancier), barricadé derrière un hexagonisme qui frôle le chauvinisme (son dernier livre est intitulé Fier d'être Français. – À mon avis on devrait être plutôt fier de ce qu'on devient ou choisit, et non pas de ce qu'on est !, sinon ça traduirait un sentiment de suprématie, ingrédient de base d'un racisme ou d'un fascisme.) et d'un Philippe Val (directeur de la rédaction de Charlie-Hebdo), qui, lui-même, sur une autre chaîne tv, préfère l'humour du journal danois à celui de Dieudonné (!) et d'Olivier Roy Directeur au CNRS, (auteur de L'islam mondialisé) qui s'est distingué par une lecture plus critique dans les deux sens avec un recul digne d'un chercheur, à côté d'eux donc et non pas face à eux, Serge Moati a choisi trois musulmans bien différents l'un de l'autre, pour animer sa récente émission RiposteS sur France5 intitulée Caricatures choc des images ou des civilisations. La présente note n'est pas pour rendre compte de la teneur de ce débat fort intéressant et parfaitement dirigé par Moati, ni de commenter tous les propos des intervenants. Mais plutôt de focaliser mon propos sur la participation d'Abdelwahab Meddeb, l'un des trois arabo-musulmans présents.
À la différence de Fouad Alaoui (neuropsychologue, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman, originaire du Maroc), qui, conscient de sa position et de son rôle, est resté dans le cadre français pour fustiger un discours qui, selon lui, nourrit la notion de choc des civilisations et a appelé au respect réciproque, ou d'Ali Dilem (Caricaturiste algérien, condamné l'an dernier à verser une amende pour offense caricaturale à son président) qui, conscient lui aussi de sa provenance, a émis, malgré sa profession, des réserves vis-à-vis des caricatures danoises qui ont choqué sa mère et le petit peuple de son pays, et signalé aux français présents "Vous êtes entrain de payer la politique des États-Unis. On a vu des bébés bombardés à Bagdad, des hommes tués dans les mosquées, le Coran foutu dans les toilettes... et personne n'a réagit. Je pense, ajoute-t-il, qu'il s'agit d'une accumulation de choses", notre Abdelwahab Meddeb (enseignant la littérature comparée à l'université Paris X-Nanterre) a, quant à lui, choisi l'escalade, l'affrontement et la diabolisation.
Quand Meddeb dit: "Nous sommes en guerre, et l'essentiel, c'est comment faire pour détacher l'islam de l'islamisme, de ces démons islamistes?", c'est déjà hors-sujet de l'émission. En plus, il donne ainsi l'impression de prendre ces islamistes pour des volatiles atteints de grippe aviaire qu'il faut isoler avant de les décimer!
Bien que contradictoires, tous les arguments de ses interlocuteurs ont pratiquement respecté l'ordre du jour de l'émission. N'est-il pas étrange que cet enseignant de littérature comparée, ne parvient pas à comparer les situations et les approches? Les dessins danois (thème de l'émission) n'ont pas été publiés dans le but de détacher l'islam de l'islamisme! Et admettons que c'était le cas, l'effet est tout à fait contraire. La réaction face à ces dessins tendancieux, était presqu'unanime voire euphonique entre musulmans et islamistes, régimes et oppositions, présidents et monarques, imams et fidèles, élites et foules. Meddeb s'est bien trompé d'émission. Il devrait participer à une de ces émissions produites par une chaine officielle d'un État en guerre ouverte contre ses islamistes, et non pas par une chaine à vocation universelle. Pour être moins sévère, je dirais que sa thèse est plus plausible dans un débat islamo-islamique et non pas islamo-occidental, débat déjà miné, sur le plan international, par des stratégies géopolitiques qui, apparemment lui échappent voire le dépassent.
Le Meddeb (Nom de famille, qui veut dire dans le dialecte tunisien: précepteur de l'école coranique d'enfants) que je connaissais, que j'ai rencontré deux ou trois fois dans le cadre d'un dialogue euro-arabe, ce poète arabo-tunisien d'origine, francophone de culture, pour qui je n'ai pas hésité à traduire, quelques uns de ces poèmes vers ma (et sa) langue maternelle, je ne le reconnais plus.
Tantôt intellectualistes tantôt d'un étudiant studieux, ses arguments au cours de l'émission, étaient de facture académique dont avait besoin son voisin, celui de Charlie Hebdo, pour que ce dernier relance la ritournelle orientalo-exotique en disant que personne en Occident n'est contre l'islam, la preuve qu'on n'arrête pas d'aimer les Milles et une nuits, Omar al Khayyâm.. etc. avant d'ajouter en se demandant comment les français n'ont pas essayé de découvrir "ces musulmans modérés" (dont Meddeb) et de les soutenir pour s'exprimer librement. Là, Meddeb lance à son voisin "c'est ce que je fais depuis trente ans". Pauvre Meddeb! il ne cesse pas d'être un trésor enfoui d'Ali Baba, qui reste toujours à découvrir par ceux qui sont en train de faire l'histoire à sa place et en son nom.. Malgré la difficile corrélation Meddeb-occident, qui me rappelle celle des Harkis avec la France, cette méconnaissance des Val et des Gallo d'un Meddeb, intégré et vacciné, s'étend ailleurs pour atteindre entre autre le forum du site de RiposteS, dans lequel deux sur trois commentaires ayant évoqué la participation de Meddeb, n'ont rien retenu de ce qu'il a dit ni même son nom au moins, lui qui depuis trente ans n'écrivait qu'en français et pour les français: le premier commentaire le présente comme suit "surtout le trio VAL GALLO et leur voisin (dont je n'ai pas retenu le nom...)". Pour le remercier, le deuxième commentaire écrit texto: "Merci au monsieur de religion musulmanes à coté de mrs Val et Gallo".
Reste un point qui n'a pas été clarifié (car ce n'était pas le thème du débat) et qui prête à beaucoup de confusion. Qu'est-ce que Meddeb entend par islamistes qu'il qualifie de démons et auxquels il déclare la guerre en invitant tout le monde à faire autant? Est-ce Al Qaeda et ses mouvances? Bush s'en charge déjà, ou du moins il fait semblant (par rapport à Ben Laden notamment) en incitant sans cesse ses alliés à le suivre. Ou bien les partis politiques islamistes, dont l'agenda s'inspire de l'islam? Là, on aura affaire à une variété de partis des plus modérés (le parti au pouvoir actuellement en Turquie) aux plus durs (Hamas récemment au pouvoir) en passant par les frères musulmans en Égypte, les nouveaux partis religieux d'Irak etc. Si ceux-là sont bien les démons islamistes dont parle Meddeb, que faire pour les détacher de l'islam qu'il revendique, tout en sachant qu'ils ont été démocratiquement élus?!
Ajouter au mot Islam le suffixe isme, ne justifie pas la diabolisation de ses adeptes. Si non, quelle différence, moralement parlant, entre chrétienté et christianisme, judaïté et judaïsme? La plupart de ces organismes (partis, mouvements, courants, associations..) qui se disent islamiques (islamiya) et que certains (dont Meddeb) appelle islamistes, aspirent par le biais des urnes à une sorte de démocratie islamique à l'instar des démocraties chrétiennes en Europe (représentées elles aussi par des partis politiques). Selon Dilem, le caricaturiste algérien, les islamistes de tous les pays arabes (où, selon lui encore, il n'y a que des dictateurs qu'ils soient présidents ou souverains) gagneront n'importe quelles élections à condition qu'elles se passent sans fraude ni manipulation. L'indignation de Meddeb (en tant qu'intellectuel incroyant et laïc et c'est son droit le plus absolu dans ce choix) est basée, semble t-il, sur son refus absolu de politiser l'islam ou d'islamiser la politique. Ce refus ne devrait pas, néanmoins, se transformer en discours diabolisant qui risque de frôler l'incitation à la haine. À cet égard, cet islamisme (que je baptiserais islamité) qui enrage Meddeb, est à l'islam ce que le sionisme est à la judaïté. Nul ne nie que l'État sioniste soit un État juif, que pour et par les juifs. Pourquoi ne pas diaboliser donc les sionistes?! Meddeb, a t-il le courage de crier haut et fort, comme il vient de le faire chez Moati, et de se demander de la même façon: "Nous sommes en guerre, et l'essentiel, c'est comment faire pour détacher la judaïté du sionisme, de ces démons sionistes?" Sinon, que pense-t-il du président américain Bush qui s'inspire directement, comme il le dit lui-même, du Bon Dieu pour mener sa politique de guerre en Afghanistan et en Irak?
Je ne pense nullement que Meddeb utilise consciemment, la fameuse et fâcheuse règle des deux poids deux mesures. En fait, il ressemble dans cette affaire à une personne qui s'engage sur un terrain de jeu sans en connaitre la règle ni utiliser les outils adéquats.. Ainsi, pour expliquer à l'auditoire sa vision de l'islam, il s'est mis à lire deux textes. En citant le panthéiste Spinoza pour exalter une certaine unicité cosmico-divine, et le mystique ibn Arabi pour poétiser cette unicité, Meddeb invite les musulmans du monde à ne vivre que d'amour et d'eau fraîche. Cette lecture de l'histoire, bien que très poétique, elle reste en soi très personnelle et très idéaliste, je dirais même qu'elle ressemble à l'eau de rose dont les musulmans arrosent le corps d'un défunt juste avant de l'enterrer.
Meddeb néglige la dimension historique des idées. À ma connaissance, ni les peuples chrétiens d'Europe ni leurs institutions politiques ne se sont inspirés de Spinoza. Seule la franc-maçonnerie l'a fait. Quant à l'apport d'ibn Arabi et des soufis de l'islam du même rang, il s'est transformé, sous les Ottomans, en rituel folklorique avec les marabouts et les charlatans. C'était déjà un des symptômes de la décadence arabo-musulmane. Voilà pourquoi cette lecture d'islam par Meddeb parait-elle anachronique.
Étant passé à côté de l'émission, Meddeb se devrait de proposer à Moati une autre émission sur l'islam et sur la possible cohabitation religieuse et laïque dans cette Europe du XXIe siècle.
RAFRAFI

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vendredi, 10 février 2006

Piètre sacrée surenchère

medium_katrina5.jpgJe n'avais nullement l'intention de faire de ce blog une chronique pour tel ou tel évènement, ni un forum ouvert à des pitoyables intrus. Mais le fait est là: l'escalade incendiaire provoquée par les caricatures danoises, me laisse encore sur le qui-vive, en guettant à la fois l'évolution de l'évènement et l'avènement de quelques commentaires outrageux lesquels je suis obligé de supprimer aussitôt reçus (faute de modération logique de quelques commentateurs, et de modération logicielle de ma part).
Juste avant de commencer cette note, une dépêche de l'AFP vient d'annoncer que le quotidien danois Jyllands Posten a mis en ligne sur son site une nouvelle version en arabe présentant ses "excuses". Cette information rapidement reprise par différents médias arabes et arabophones, pourrait mettre fin à cette escalade de colère. (Ouf!)
Mais, Charlie Hebdo, en prenant le train en marche, a préféré monter la surenchère pour tripler ses ventes, et ce en republiant non seulement les "dessins de la colère" mais aussi les caricatures sur la Shoa récemment proposées par des caricaturistes iraniens au journal danois lequel a astucieusement refusé la publication!
Ce qui est franchement stupide de la part de Charlie Hebdo, c'est ce lamentable amalgame que le journal tente d'imposer et de normaliser. Republier à la fois les caricatures danoises (ce qui enfonce davantage le clou) et les caricatures iraniennes, c'est faire un parallèle (qui n'est pas néanmoins rectiligne) entre deux choses foncièrement différentes. Résultat inavoué: désacraliser Muhammad pour sacraliser la Shoa. C'est ce que j'ai aussi compris (mais avec prudence, comme même) en lisant l'éditorial de S. July dans Libé, qui, en parlant de Charlie Hebdo, se demande: "Fallait-il pour autant en arriver à cette caricature de la caricature en établissant une détestable et discutable équivalence?"
Heureusement qu'en dehors de ce marketing caricatural, un courant de sincère sympathie parcourt le globe (via Internet). Comment ne pas être ému, lorsque je lis sur un blog somalien une lettre adressée à son auteur par une personne américaine qu'il ne connaît pas, lui demandant pardon pour l'affront causé par les caricatures? Même émotion, en lisant un commentaire posté sous ma note "je m'appelle Mohamed" par MG (ami écrivain et bloggeur belge) qui très aimablement m'adresse ses excuses pour l'offense dont il n'est point responsable. N'est-ce pas là une des valeurs chrétiennes les plus significatives? Une démarche consolante qui traduit intrinsèquement ce passage de l'Evangile de Luc: Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19, 10).
RAFRAFI

06:40 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

jeudi, 09 février 2006

La république d'Ibrahima

"L’Europe des Lumières aurait-elle régressé au point de devenir l’Europe de l’obscurantisme et de la pensée unique? A vrai dire, cette Europe tolérante et relativiste, qu’on nous a vantée à l’école, cette Europe de Diderot et de Voltaire, n’est qu’une fiction savamment entretenue... Je m’explique."
C'est ainsi qu'Ibrahima FALL commence son intervention intitulée Je créerai ma République à moi tout seul sur Agora Vox, suscitant de multiples commentaires hétéroclites dont certains sont aussi lamentables que superficiels (la règle du jeu exige).
Ibrahima est un africain sénégalais, âgé de 30 ans, vit à Dakar et n'est jamais venu en France. Et il ajoute "J’ai fait une formation en lettres modernes avant que mon cœur ne balance vers le droit" l'intérêt de son intervention dans ce vacarme sacro-planétaire, réside dans le dévouement et le bon sens qu'offrent ses propos, malgré les quelques petits excès sans méchanceté.
Un autre intérêt non moins important: c'est cette communion réactionnelle qui, grâce à l'internet, nous permet de nous découvrir et de nous connaître davantage. Rares sont ceux qui savent comment pense un musulman non-arabe et, en l'occurrence, noir africain sur une problématique presque monopolisée par les arabes et les asiatiques. Ainsi, d'un pays majoritairement musulman et longuement présidé par un chrétien (Senghor), s'élève des voix comme celle d'Ibrahima pour interpeller un Occident qui lui semble arrogant et ingrat..
A-t-il tort ou non? L'important c'est qu'il se pose des questions, en quête de quiétude, d'espoir et de confiance. Car il se sent déjà seul au point de créer sa propre république à lui..
c'est touchant.. et c'est naïf pour certains, mais c'est franc et surtout, résolu quand il dit:
"Liberté, avez-vous dit? Vous avez fait votre monde à votre mesure. Laissez-moi en tailler un autre à ma mesure.
De grâce!
Pour toutes ces raisons, je créerai ma propre république, avec mes propres lois, car celles que vous me proposez ne me conviennent pas. Elles sont taillées sur mesure pour vous. Et je me sens seul!
"
Bien d'autres arguments et références qu'avance Ibrahima dans son intervention que je ne peux pas reproduire ici mais que vous pouvez toujours consulter sur Agora Vox pour entendre un autre son de cloche à résonnance africaine..
RAFRAFI

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mercredi, 08 février 2006

Un point de vue danois

Toujours à travers Le Phare , je vous oriente vers une interview du rédacteur en chef du quotidien danois Politiken, émise sur Europe 1.
Quelques notes prises par Le Phare à la volée :
"Pour moi, personnellement, oui c'est une erreur. ..Il s'agit de caricatures qui avaient l'unique intention d'offenser, de conspuer la minorité musulmane, ce qui est d'ailleurs déclaré par le journal lui-même à l'époque. C'est une erreur qui reste dans le cadre de la liberté d'expression, donc on ne peut punir le journal".
"L'atmosphère au Danemark, depuis pas mal d'années maintenant, est très négative envers la minorité musulmane. Nous avons une logique politique xénophobe. Donc ce n'est pas un accident, si c'est au Danemark que ces dessins ont été publiés par notre plus grand journal."

05:50 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

dimanche, 05 février 2006

Un point de vue anglais

"These cartoons don't defend free speech, they threaten it" …"It is whether we truly want to share a world in peace with those who have values and religious beliefs different from our own."
"Les caricatures ne défendent pas la liberté de parole, elles la menacent… si nous voulons vraiment partager un monde en paix avec ceux qui ont des valeurs et des croyances religieuses différentes aux nôtres".
Extrait de l'article de Simon Jenkins dans le Sunday Times, proposé par Le Phare.

18:49 Publié dans Politis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

vendredi, 03 février 2006

Je m'appelle Mohamed

medium_imagevqi.jpg"Je sè pas kel mouche a pikè le carikateur"? Phrase bizarrement sténotypée, que j'ai piquée dans le forum d'agoravox, et tchatchée apparemment par une jeune personne. Elle traduit la façon dont celle-ci interprète candidement mais lucidement, l'acte du caricaturiste danois, auteur des dessins comiques sur le prophète Muhammad. Piqué par une mouche ou non, ce danois a déjà fait mouche par sa provocation superflue: tollé tous azimuts.
Communément, une caricature est une représentation comique ayant souvent pour objectif de déprécier un individu distinctement physique et physiquement distinct. Ce qui n'est pas tout à fait le cas du Prophète dont la physionomie était seulement racontée par les fidèles mais jamais représentée. Ainsi, l'élément abordé par le dessin n'est plus concret mais symbolique. Composant inhérent au Sacré, le symbole est une représentation de l’absent et de l’imperceptible, un système signifiant produisant du sens pour un individu ou pour un groupe social.
Ridiculiser un symbole c'est ridiculiser le symbolisé auquel s'identifie l'adepte. À cet égard le cas du drapeau national, en tant que symbole identitaire par excellence, est éloquent. N'est-il pas strictement interdit par la loi dans la plupart des pays (y compris au Danemark), de profaner ou de brûler le drapeau national?
Dire que la liberté danoise (et par delà l'occidentale) est sans limites, c'est plutôt un leurre. Qui (danois ou autre) oserait mettre en doute (le cas des négationnistes...) ou minimiser (...de Le Pen) ou tourner en dérision (...de Dieudonné) la Shoah sans qu'il soit condamné et sanctionné? Dans certains pays d'Europe, toucher à ce néo-sacré séculier, qui a presque officiellement pris la place du sacré religieux, c'est frôler le sacrilège.
La liberté d'expression utilisée comme alibi par le journal danois ainsi que par d'autres journaux européens en mal de vente et engagés dans cette surenchère euro-médiatique, revêt, elle aussi, cet aspect symbolique voire sacral aux yeux des plus libéraux, libertaires et libertins.
Gare! Ça sent l'Inquisition ! Me dirait un ultralibéral.
NON, ce n'est pas le cas. Liberté! Oui. Sacrée! Sans doute. Mais encore faut-il qu'une liberté ne doive pas cacher une autre, pour ne pas dire la soustraire ou la vilipender! Où en est–on du fameux dicton sartrien "ma liberté s'arrête là ou commence celle de l'autre".
Gare! Ça sent l'Inquisition ! me dirait encore un ultra laïc. Encore une fois NON, "car – je cite- les incroyants, agnostiques ou athées, sont, eux aussi, conduits à méditer les sources d'une croyance qui leur échappe et l'irrépressible désir de « croire » qui agite, à toutes époques, l'humanité" et là c'est Claude Imbert, du magazine "Le Point", qui le dit dans un récent éditorial intitulé Le désir de croire.
Mais au fait, les caricatures danoises, en quoi ont-elles offusqué les esprits? Que Muhammad soit représenté? Non. Bien que prohibée par le Coran, la représentation du Prophète (exemple: dans les miniatures persanes) et celle de tous les prophètes de la Bible et tous les saints sans exception, n'avait pas provoqué un tel tollé. C'est plutôt la dimension burlesque de cette représentation. D'un autre côté et sans que cela ne soit clairement évoqué, c'est le fait de s'en prendre à la fois aux islamistes et aux musulmans! C'est là le point que je trouve essentiel dans ce message caricatural. Assimiler Muhammad par un dessin à un "terroriste" chapeauté d'une bombe, et par un autre, le montrer poignard à la main, devançant deux femmes voilées pour les protéger, n'est-ce pas là une double amalgame très périlleuse! Assimiler quelques centaines voire quelques milliers d'islamistes extrémistes à environ un milliard et demi de musulmans de par le monde, n'est-ce pas là une lecture de mauvaise foi! Imaginez un musulman qui taxe de croisés les chrétiens du monde entier! Ou bien un juif qui les qualifie tous de nazis antisémites, prétextant que le mot déicides utilisé par les nazis contre les juifs avaient été inspiré par l'Église catholique qui a longtemps considéré les juifs comme un peuple ayant commis un déicide.
Muhammad est le prophète des musulmans et non pas des islamistes. Ridiculiser des islamistes, avec Ben Laden en tête, c'est plausible. Mais ridiculiser les musulmans, tout comme ridiculiser les chrétiens, les juifs ou une autre communauté spirituel, est un acte discriminatoire qui incite à la haine. Ces mêmes caricatures auraient pu représenter Ben Laden, sans qu'elles ne perdent ni de leur humour ni de leur qualité picturale.
Ce qui est encore plus grave, c'est l'impact de ces dessins sur les musulmans d'Europe, citoyens européens de facto depuis au moins deux générations. Environ 15 millions de musulmans en Europe, dont plus de 4 millions de musulmans français et 150 mille de musulmans Danois. Comment les convaincre que par leur appartenance religieuse, ils ne sont que des adeptes d'un prophète "terroriste"! Que pensent les pompiers de Sarkozy de cette incitation à l'embrasement! Ce même Sarkozy, quand il dit sur cette affaire, qu'il "préfère l'excès de caricature à l'excès de censure", pourquoi donc ne s'est-il pas rallié à la cause de Dieudonné, victime de l'excès de censure pour son excès d'humour!!
Rien que par mon prénom MOHAMED, je risquerais moi-même de me sentir ridiculisé voire humilié, si je n'avais pas suffisamment de recul pour mieux penser, et n'étais pas fier de porter un tel prénom d'un grand homme avant qu'il ne soit prophète. J'imagine que c'est aussi le sentiment de tous ceux qui portent des noms des plus illustres de notre histoire humaine, dont les prophètes, les saints, les philosophes, les grands savants, les héros..etc.
Pour conclure, je dirais que nous sommes, semble-t-il, très loin encore du vœu exprimé par l'éminent penseur français (d'origine algérienne) Mohamed Arkoun qui insiste "sur la nécessité pour nous tous de créer les conditions du passage d'une histoire fondée sur une hiérarchie des peuples et des cultures à une histoire fondée sur la solidarité des peuples et des cultures, pour construire ensemble ces valeurs du futur que nous appelons tous de nos vœux".
Je termine cette note par quelques commentaires très symptomatiques recueillis sur Agora Vox en réponse à une question posée par un Co-bloggeur Alain Hertoghe: Peut-on caricaturer le prophète Mahomet ? Et que je reproduis tels quels ci-après:

Mohamed RAFRAFI

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Par Scipion le 18 janvier 2006
Cela dit, une question se pose: pourquoi caricaturer Mahomet?
Pour emm... les musulmans?
Je peux comprendre que certains en aient envie, mais l’utilité de la chose m’échappe complètement...

Le 19 janvier 2006
Pour information les États-Unis interdisent de brûler leur drapeau. Il n’y a donc pas de liberté d’expression illimitée. La provocation déshonore toujours celui qui l’utilise, jamais celui qui en est victime. Je plains les journalistes qui n’ont que ce recours pour se faire lire...

Le 25 janvier 2006
peut-ont insulter une perssone? est ce une liberté d’expression? en ce qui concerne les caricatures sur le prophète c’et une insulte envers toute la communauter musulmane qui represente plus d’un milliard.
je crois qu’avec cette liberter qui n’a pas de limmite ont essaye d’allumer le feu qui sera difficile à éteindre.

Par Mobic le 31 janvier 2006
bonjour
peut on s’adonner a toutes les offenses ,à toutes les dérives sous couvert de liberté d’expression?
toute personne normalement constituée ne remettrait en cause le principe de liberté d’expression c’est dire l’attachement des uns et des autres à cette liberté car chacun y trouve son compte ( enfin presque l’exemple de dieudoné en temoigne). cela dit, est ce qu’il devrait avoir une limite morale a cette liberté d’expression? l’auteur des caricatures insert ca demarche sous couvert de la liberté d’éxpression mais a t il a un seul moment pensait au mal que cela pourait faire aux 1 160 000 000 de musulman dans le monde?? quel est le bien fondé de ces caricatures? en quoi ces dernières éclairent-elles le lecteur? si ce n’est porter atteite à une religion et pas consequent aux adéptes de cette religion. je crois qu’on est tous d’accord pour dire que le sacré existe quelque soit ca nature (religieuse,traditionnelle ....), peut être que la concetion du sacré n’est pas la même pour tous ,mais reconaitre l’existence même du sacré exige implicitement un respect inconditionnel. on peu avoir une vision critique de l’islam ou des musulman c’est incontestable ,on peu exprimer une opinion ,un désacord mais sans sombrer dans l’irrespect et l’indifference . je ne connais pas les motivations du caricaturiste, mais je dis simplement que (pour moi) ce qu’il a fait n’est pas professionnelle et frolle l’iresponsabilité .

Par Tulkas le 18 janvier 2006
Meme la provocation ne justifie pas de menace de mort.
Bonne initiative.
Reste à faire la même chose sur les Juifs.
Là, c’est peut être une autre affaire, si on est pas Juif.

Le 18 janvier 2006
C’est fait depuis longtemps et les blagues sur moise, adam et eve et comparse font partie des standards de caricature. (PS Jésus et Marie aussi) La différence: les religions juive et chrétienne n’interdisent pas la représentation humaine L’Islam interdit toute forme de représentation humaine et c’est pourquoi leur art est très riche en forme géométrique.

Par André le 20 janvier 2006
C’est obsessionnel chez certains "les Juifs" ... Pense que la plus grande fête musulmane, l’Aid el Kebir, est une histoire juive entre Abraham et Isaac ... Et Jésus était juif ... Alors si on arrêtait d’emmerder le monde avec tous ces différen