mardi, 01 mai 2007

Moi aussi

medium_logo-France.jpgOui, moi aussi j'aime bien la France. Mais quelle France ? Comment et pourquoi ? Voilà des questions qui surgissent chaque fois que j'entends tel ou tel candidat présidentiel brandir ce sentiment en guise d'argument natio-électoraliste.
Je ne bénéficie ni du droit du sang ni du droit du sol pour que je sois automatiquement français. Pourtant, ayant volontairement vécu la moitié de ma vie dans ce pays, je pourrais comme même prétendre qu'au moins je suis devenu en partie français. Dès lors, je ne peux qu'aimer cette partie en moi, sinon ce serait une sorte de schizophrénie qui me dérouterait.
Aimer sa patrie natale c'est comme aimer sa mère. Cela va de soi et ne relève d'aucun choix volontaire. Tandis qu'aimer un autre pays c'est comme aimer un partenaire que l'on choisit. C'est à la fois plus libre et plus responsable.
Dès lors quiconque né en France et, au bout d'une enfance normalement vécue, ne peut qu'aimer sa France natale et ce quelque soit les origines de ses parents. D'où l'argument naïf de demander à la deuxième et troisième génération de l'immigration d'aimer la France ! Ou encore, à "Aimer la France ou la quitter"!!, devise lancée par un certain candidat présidentiel, qui n'est pas non plus moins naïve. Cela suppose par ailleurs que tous ceux qui aiment la France, et qui se compteraient par milliers, voire par millions, à travers le monde, peuvent venir y vivre.
D'autre part, parmi ceux qui utilisent électoralement cet argument, il y a ceux qui prônent aussi souvent le fameux slogan "fier d'être français" en guise de profession de foi. Or, ce genre de slogan dissimule forcément un sentiment chauvin pour ne pas dire xénophobe. Un français devrait être fier d'autre chose en plus du fait qu'il soit seulement français. Je dirais que même un français chauvin devrait préciser en disant "je suis fier d'être un français chauvin", pour se distinguer d'un autre aussi français que lui mais qui ne s'en réclame pas. Appartenir à un peuple c'est partager cette appartenance avec d'autres qui ne sont pas forcément du même moule. Est-ce concevable donc qu'un artiste par exemple soit fier seulement de ce qu'il partage avec un voyou, ou un patriote avec un collabo, ou un sage avec un fou ?
L'autre fierté que je trouve plutôt plausible c'est en disant être "fier de choisir d'être français". Et c'est ainsi que la France mérite d'être une terre d'accueil tout comme tout autre pays à vocation universelle.
Enfin quelle France aime-t-on ou doit-on aimer ?
Il n'y a pas qu'une seule France pour tout le monde, il y a à chacun sa France.
À un français de souche qui n'a jamais vécu ailleurs, une France matricielle.
À un français par droit du sol, une France adoptive.
À un français volontairement naturalisé, une France consentante.
À un résident en France, une France concordante.
À un visiteur, une France accueillante.
A un francophone ou francophile, une France attirante.
Ma France à moi c'est l'héritage universel des Lumières. C'est celle de la liberté, l'égalité et la fraternité. C'est celle de la Belle Epoque, et des Années Folles. C'est celle du Cartésianisme et de Jules Ferry. C'est celle de l'art et de la beauté. C'est celle de la laïcité aussi bien multiculturelle que multicutuelle.
C'est celle des français misanthropes de toutes origines. C'est celle d'un peuple qui ne se voit pas supérieur à tout autre peuple. C'est celle qui s'autocritique et regrette les méfaits de son passé colonial. C'est celle qui se voit aussi européenne que méditerranéenne. C'est celle dont le destin ne devrait pas être confisqué par tel ou tel lobby ni par telle ou telle grande puissance.
C'est cette France sur laquelle le président américain J.F. Kennedy a dit une fois : A chacun deux pays, le sien et la France.
RAFRAFI

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vendredi, 06 octobre 2006

Les enfants, quel peuple !‎

medium_miro-16.jpg‎"Car vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont ceux et celles de l'appel de la vie à elle même."‎
Khalil GIBRAN (Le Prophète)


Les enfants, quel peuple ! L'enfance, quel pays ! Me disais-je assez souvent. En ‎fait, depuis belle lurette, j'envisageais de parler d'enfants ou d'enfance. De ce ‎peuple qui nous habite nous tous, ou de ce pays qui n'a jamais eu de frontières ‎que dans l'imaginaire de ceux qui manquent d'imagination... de ce pays d'enfants ‎de tous pays... d'enfants du pays de tous les enfants, de tous temps et de tous ‎teints. Parler d'enfants qui, chaque fois en se réveillant, mettent à jour le langage ‎de la fraîcheur et la fraîcheur du langage, c'est parler de rosée matinale et de ‎feuillage.‎
Mais c'est quoi un enfant si ce n'est encore cette fabuleuse synthèse ‎d'étonnement béat et béant, de voix lactée, de rire viscéral, de colère sonnante et ‎d'élocution trébuchante... bref, une primeur d'être, un petit être, de prime abord ‎délicieux, parfois insaisissable, très souvent craintif, mais toujours loyal, donc, ‎mignon et inévitablement aimable. ‎
Pour être plus subjectif encore, je dirais qu'un enfant en train de manger, me ‎donne l'impression qu'il mange aussi pour moi, pour nous tous. D'où un ‎sentiment de responsabilité qui engendre une attention spontanée envers ‎l'enfant pour qu'il mange à sa faim. Sentiment parental -paternel ou maternel- ‎me dites-vous ? C'est possible. Mais ce qui est certain c'est qu'il est aussi un ‎sentiment profondément moral voire existentiel : Car un enfant qui ne trouve rien ‎à manger, c'est l'humanité toute entière qui agonise. ‎
L'enfant c'est toi, ma chère lectrice ou mon cher lecteur, avant que tu ne ‎découvres la tristesse, premier symptôme de vieillissement psychique... Avant ‎que tu ne deviennes nostalgique du passé... Ou, comme disait Nietzsche, avant ‎que tu ne commences à croire "que les contes et les jeux appartiennent à ‎l'enfance".‎
Ainsi dirais-je que l'enfance est le pays des merveilles par excellence. C'est l'âge ‎des pierres précieuses de l'éblouissement, où le temps n'est pas encore une ‎matière à tuer mais à vivre en concevant sans cesse l'espace adéquat. L'enfance ‎c'est ce contact charnel avec les couleurs, les odeurs, les sons. La virginité de la ‎perception où le solide semble toujours compact et le liquide toujours fluide. Où ‎la chimie relève de la magie et la physique de l'acrobatie. L'enfance c'est quand ‎penser veut dire se taire, et parler veut dire penser. C'est quand rêver veut dire ‎vivre et vivre veut dire rêver. ‎
Je dirais aussi que le privilège accordé aux enfants ressemble à celui des ‎philosophes de La Cité platonicienne, où coexistent aussi les travailleurs et les ‎gardiens. Mais avec une différence de taille: les enfants sont plutôt plus heureux ‎que ces philosophes. ‎
Ah! Les enfants, quel peuple vous êtes ? ‎
Pour vous mes petits, tous les drapeaux du monde se valent pour leurs belles ‎couleurs et leurs différents dessins. Pour nous les "grands", ses drapeaux ‎témoignent de la rivalité, très souvent belliqueuse, de la discorde très souvent ‎martiale. Pas de frontières tendues à vos yeux entre deux rives, entre reliefs et ‎plaines, entre forêt et rivières, ou pie encore, entre deux postes de frontières... ‎Vos regards s'étendent librement tous azimuts, à l'instar de vos rêves et de vos ‎petits pas... ‎
On assimile souvent les enfants aux anges! Les adultes ne seraient-ils pas ainsi ‎des démons ?! Pour les enfants, qui, semble-t-il, sont plus réalistes, les adultes ‎ne sont que des grandes personnes, tantôt bonnes, tantôt méchantes, ni plus ni ‎moins.‎
Mais entre enfants, que se passe t-il ? L'entente l'emporte toujours sur la ‎fâcherie. Car le temps plaisant n'est pas à perdre mais à perdurer. Donc, pas de ‎rancune. On efface tout et on recommence. Toujours prêts à partir à zéro, soit ‎pour compter jusqu'à onze ou douze ou parfois un peu plus lorsque salive et ‎respiration concordent - juste assez pour compter membres de la famille, amis et ‎voisins -, soit pour aller de l'avant vers une nouvelle trouvaille qui pourrait être à ‎chaque fois la même... ‎
Qui dit entente dit partage. Là aussi, ce peuple d'enfants est en mesure de ‎donner le bon exemple à nous en tant qu'individus adultes, ainsi qu'à tous les ‎peuples sur Terre. Un enfant c'est quelqu'un qui, habituellement, n'aime pas ‎rester seul ou jouer seul. Pour lui, la compagnie, c'est la joie de vivre. Il n'est pas ‎si exigeant, pour vu qu'il soit entouré d'enfants, comme lui, et toujours avec lui.‎
Ô enfants, Ô merveilleux peuple. Vous êtes tout ce qu'il y a de plus libres, riches, ‎sincères et humains. Vous êtes tous de ce monde, mais ce monde n'est pas ‎encore à vous, il est à ceux qui vous imitent maladroitement et très souvent ‎brutalement, à ceux qui oublient ce qu'ils étaient et croient qu'ils ont tout compris, ‎aux humanoïdes que sont ces adultes –nous tous- qui vous rendent la vie ‎impossible et infernale. Ne grandissez pas trop vite avant que votre enfance ne ‎soit totalement mûrie. Gardez toujours avec vous, vos petites monnaies, vos ‎cerfs-volants, vos croquis et dessins, vos chansons dorlotantes, les noms et ‎adresses de vos tous premiers amis, vos carnets scolaires, vos jouets, vos ‎premières photos de tous formats, vos premières missives, vos petits projets qui ‎grandiront avec vous, vos petits souvenirs, vos espoirs et surtout vos sourires. ‎Oui, un simple sourire vaut des milliers de formules toutes-faites de politesse. ‎Aux enfants qui n'ont presque rien de tout cela, je dirais: gardez comme même ‎vos rêves, avec quoi vous façonneriez un jour ou l'autre, vos vies, c'est-à-dire ‎notre avenir qui sans vous et sans vos rêves, resterait incertain voire inconnu... ‎
Avant de finir ce billet par un quatrain intitulé enfance, que j'ai composé il y a ‎quelques mois à la suite d'une agréable rencontre avec une enfant, suivi de ‎quelques citations et des liens sur l'enfance, je voudrais lister des prénoms qui, ‎pour moi, sentent et sonnent l'enfance dans toute sa diversité humaine la plus ‎large. Ils appartiennent à des enfants soit que j'adore, que j'aime bien, que je ‎connais, que je connais très peu, ou dont je regrette fort bien leur tragique ‎disparition, ou même seulement dont j'entends parler et voudrais un jour les ‎rencontrer. À eux et à tous ceux qui portent les mêmes ou d'autres prénoms, je ‎dédie le quatrain:‎
Elyes, Douraïd, Mohamed-Ali, Marouane, Khalil et Oussama, Grégory, Khaled, ‎Omar et Rayyan, Emna, Yasmine, Férial, Stelios, Émeline, Zoé, Mehdi, Sonia, Ahmad et ‎Karim, Aya, Amira, Eman, Stéphane, Farés, Adam, Eddora, Faysal, Antoine, ‎Faé, Hédi et Sofiane…‎

medium_libye.2.jpg



enfance

mon ami  l'e n f a n t
prête-moi  ton  r i r e
a f i n    d e    r a v i r
ma gaieté  d'a n t a n

mon ami  b a m b i n
flâne   sur   les   rives
pour que  je  te suive
la main dans  la main

mon  cher   chérubin
plane  sur   les   toits
ce   ciel  est  à   t o i
et ses astres hautains

m o n   petit   môme
femelle  que   je  vois
m â l e  que   tu  sois
t'es un grand'Homme


Rafrafi 2006
A l'entete illustration : toile de Miro
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medium_Enfants_palestiniens.2.jpg


Voici quelques très belles citations relatives au thème de ‎l'enfance:‎

‎- Enfants dont la mémoire se souvient qu'elle descend des étoiles.
Werner Lambersy
‎- Car un enfant qui pleure, qu'il soit de n'importe où, est un enfant qui pleure. ‎
Barbara
‎- Si l'on veut s'approcher des enfants, il faut parfois devenir enfant soi-même.
Nemcova Bozena
‎- L'enfance est terriblement sérieuse, ne l'oubliez pas. Un enfant engage tout son être. Et nous, ‎hommes graves et mûrs ? À quoi sommes-nous prêts à engager tout notre être ? Nous tenons trop à ‎notre chère carcasse.
VERCORS
‎- Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie tout au commencement ?‎
Victor Hugo‎
‎- Il y a deux moments de sa vie où tout homme est respectable : son enfance et son agonie.‎
Henry Millon de Montherlant
‎- L'enfance a des manières de voir, de penser, de sentir qui lui sont propres; rien n'est moins sensé ‎que d'y vouloir substituer les nôtres.‎
Jean-Jacques ‎Rousseau
‎- L'enfance. Cette heureuse et brève période de l'existence où l'on a tout juste assez de conscience ‎pour savourer la joie d'être et d'inconscience pour ignorer les difficultés de la vie.‎
André Duval
‎- Il arrive un moment, dans la vie intérieure des familles, où les enfants deviennent, soit volontairement, ‎soit involontairement, les juges de leurs parents.‎
Honoré de Balzac‎
‎- Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,‎
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,‎
Ses pleurs vite apaisés.‎

Victor Hugo‎
‎- Les enfants n'ont ni passé ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent.‎
Jean de La Bruyère‎
‎- Il est aussi vain d'écrire spécialement pour le peuple que pour les enfants. Ce qui féconde un enfant, ‎ce n'est pas un livre d'enfantillages.‎
Marcel Proust
‎- Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent, quelquefois ils leur ‎pardonnent.
Oscar Wilde‎
‏-‏Il vaut mieux être chassé d'entre les hommes que d'être détesté des enfants.
Richard Henry Dana
‎- A quoi sert la vie si les enfants n'en font pas plus que leurs pères ?
Gustave Courbet
‎- J'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets.
Jean-Paul Sartre
‎- Les enfants trouvent tout dans rien, les hommes ne trouvent rien dans tout.‎
Giacomo Leopardi
‎- Si les enfants devenaient ce qu'en attendent ceux qui leur ont donné la vie, il n'y aurait que des dieux ‎sur la terre.‎
A. Poincelot
‎- Il n'existe aucun homme qui n'ait été formé par l'enfant qu'il était.‎
Maria Montessori
‎- Qu'aviez-vous envie de faire plus tard quand vous étiez enfant ? " Ce que je voulais faire ? Je m'en ‎souviens très clairement, avec une troublante précision. C'était : rien. J'avais envie de vivre et qu'on ‎me fichât la paix.
Jean d'ORMESSON
‎- C'est peut-être l'enfance qui approche le plus de la «vraie vie».
Andrée Breton
‎- Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance.‎
CIORAN
‎- L'éternel enfant. - Nous croyons que les contes et les jeux appartiennent à l'enfance, myopes que ‎nous sommes ! Comment pourrions-nous vivre, à n'importe quel âge de la vie, sans contes et sans ‎jeux ! Il est vrai que nous donnons d'autres noms à tout cela et que nous l'envisageons autrement, ‎mais c'est là précisément une preuve que c'est la même chose ! - car l'enfant, lui aussi, considère son ‎jeu comme un travail et le conte comme la vérité. La brièveté de la vie devrait nous garder de la ‎séparation pédante des âges - comme si chaque âge apportait quelque chose de nouveau -, et ce ‎serait l'affaire d'un poète de nous montrer une fois l'homme qui, à deux cents ans d'âge, vivrait ‎véritablement sans contes et sans jeux.
Friedrich NIETZSCHE
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medium_NAGI1.2.JPG
Ci-après quelques liens, drôles, intéressants ou officiels, autour de l'enfance. Bonne navigation:‎

Poésie pour les enfants et pour les raffinés
Enfants refugies du monde
Enfants du Monde
Apprendre l'arabe, pour les enfants
UNICEF
Le Musée des enfants
Le site du Défenseur des enfants
Le travail des enfants
Association contre la Mutilation des Enfants
Les devinettes pour les enfants
Les enfants dans la guerre
Webmômes, l'art aux enfants (6 à 12 ans)‎
Sites pour enfants - La Petite planète‎
Anniversaires et fêtes d'enfants‎
Des chansons pour enfants
SOS Enfants sans Frontières
Bonjour les enfants
Enfants palestiniens dans les prisons israéliennes
Enfants de la Palestine
Tout pour les enfants
Partage: Parrainage d'enfants défavorisés
Poésie pour les enfants‎
Le sommeil et nos enfants
Logos Translations multilingual dictionary
Mots d'enfants: Petit Monde
Une ronde d'enfants autour de la terre‎
Famidoo
Le poète et l'enfant (anthologie pour enfants)‎
Comment aider les enfants à comprendre la mort‎

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lundi, 25 septembre 2006

‎"Caricatures" papales ?‎

medium_Massacre_saint_barthelemy.jpg.. Je ne le pense pas. Car un discours pontifical est forcément plus sérieux qu'une caricature ‎danoise. D'autant plus que c'était le même Pape qui avait disconvenu ces caricatures.. Je ‎constate aussi cette retenue relative des masses musulmanes dont les protestations contre les ‎caricatures avaient été plus virulentes. Si les caricatures danoises étaient tendancieusement ‎provocantes, la conférence de sa sainteté Benoît XVI, était benoîtement blessante... ‎
Cette conférence, donnée par le Pape le 12 septembre courant à l'université de Ratisbonne en ‎Allemagne, avait pour thème central "Foi et raison". Selon lui, l'une ne va pas sans l'autre. Il ‎précise : «Agir de manière déraisonnable (en matière de foi) est contraire à la nature de Dieu», de ‎même qu'«une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion au niveau des sous-‎cultures est incapable de s'insérer dans le dialogue des cultures.»... Énoncé inoffensif si son ‎auteur n'avait fait le parallèle qui a miné son discours: En face de la raison (la raison moderne) qui ‎flanche devant la foi, il y a la foi (islamique) qui échappe à la Raison. Entre les deux, cette ‎théologie (catholique) qui réunit message biblique et pensée grecque.. ‎
Pour comprendre les réactions musulmanes aux propos du Pape, propos que le New York Times ‎‎ qualifie de «tragiques et ‎dangereux», je vous propose ici une lecture de l'exposé pontifical comprenant des remarques ‎essentiellement sur la forme.‎
Le fait de citer à trois reprises (au début, au milieu et à la fin de son exposé), l'empereur byzantin ‎Manuel II Paléologue qui, au XIVe siècle, accusait Mahomet d'avoir semé le Mal et l'inhumanité ‎pour avoir prôné la diffusion de son message par l'épée, ceci prouve que cette citation n'était pas ‎fortuite mais au contraire, ça a servi de référence polémique (très byzantine d'ailleurs) pour arriver ‎à l'affirmation de base suivante:‎

Partant véritablement de la nature intime de la foi chrétienne et, dans le même temps, de la nature ‎de la pensée grecque désormais fondue dans la foi, Manuel II pouvait dire : Ne pas agir " avec le ‎logos " est contraire à la nature de Dieu.‎

Et le souverain pontife d’ajouter en guise de conclusion :‎
" Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le logos est contraire à la nature de Dieu ", a ‎déclaré Manuel II à son interlocuteur persan à partir de son image chrétienne de Dieu. C'est à ce ‎grand logos, à cette immensité de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue ‎des cultures. La retrouver nous mêmes à nouveau et toujours, c'est la grande tâche de ‎l'université.‎

D'où par ailleurs le très mince alibi de Benoît XVI qui, après coup, avance que «Ces (propos) ‎étaient en fait extraits d'un texte médiéval qui n'exprime en aucune façon ma pensée ‎personnelle». Surprenant non ! Quand, méthodiquement parlant, on sait qu'à l'opposé des ‎enquêtes ou reportages, l'emploi des citations dans une conférence, exposé, thèse ou étude, doit ‎être justifié, pourquoi le Pape a-t-il donc recouru à ce texte impérial qui "n'exprime en aucune ‎façon" sa "pensée personnelle"? Mais d'abord peut-on admettre cette allégation tardive? ‎Difficilement. Et c'est bien son texte à lui qui contredit ici ses dires. Commentant la première partie ‎de l'extrait, le Pape écrit: ‎
Je n'ai pas l'intention de développer ce thème au cours de cette leçon ; je voudrai m'arrêter sur un ‎seul point plutôt marginal dans la construction du dialogue dans son entier – qui dans le contexte ‎du thème " foi et raison " m'a le plus fasciné et qui servira de départ à mes réflexions sur ce ‎thème.

Certes, "départ" ne veut pas dire postulat. Il peut être contradictoire ou juste une occurrence. Mais ‎lorsqu'en fin de citation, le Pape conclut par:‎
La phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion forcée est la suivante : agir de ‎manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu.‎

Là, il persiste et signe qu'il s'agit bien d'un extrait concordant, puisque l'argumentation de ‎l'empereur a bien servi de départ à ses réflexions sur le thème de son exposé. Si non, sa ‎conférence en entier n'exprimerait en aucune façon sa pensée personnelle! Du moment que ladite ‎phrase était "décisive dans cette argumentation" pourquoi le Pape ne s'est-il pas contenté d'elle ou ‎du moins, ne s'est-il pas démarqué des propos de l'empereur on y apportant ses réserves? ‎Voudrait-il cautionner indirectement le jugement abrupt de Manuel II envers Mahomet?! ‎
Sur ce point précis, certains ont lu l'extrait d'un œil politique et non pas théologique. Selon eux, ‎Benoît XVI est le Pape mais aussi un chef d'État, dès lors, il aurait bien voulu lancer un double ‎message, l'un à l'Iran (l'interlocuteur musulman de l'empereur est Perse) qui se trouve sur la ‎sellette pour son dossier nucléaire, et l'autre à la Turquie (anciennement Byzance) qui réclame ‎l'appartenance à l'Europe et à laquelle le Pape se rendra prochainement. De ma part je n'exclus ‎pas la dimension politique dans tout message spirituel, qu'il soit ancien ou récent. ‎
Méthodiquement encore, je dirais que Benoît XVI a écarté l'islam de son approche historique: En ‎face d'une chrétienté qui sans cesse évolue, l'Islam, dans son exposé, est figé dans sa période ‎initiale. L'exposé abonde de références historiques. J'en cite le passage suivant, où le Pape exalte ‎une entité géopolitique (l'Europe) fruit d'un long processus historique du christianisme :‎
Ce rapprochement intérieur mutuel qui s'est opéré entre la foi biblique et le questionnement ‎philosophique de la pensée grecque, est un fait d'une importance décisive non seulement du point ‎de vue de l'histoire des religions, mais aussi de celui de l'histoire universelle – un fait qui nous crée ‎encore aujourd'hui des obligations. Quand on constate cette rencontre, on ne peut guère s'étonner ‎que le christianisme, en dépit de son origine et de son important développement en Orient, ait fini ‎par trouver en Europe le lieu de son empreinte historique décisive. Nous pouvons dire à l'inverse : ‎cette rencontre, à laquelle s'est ajouté par la suite l'héritage romain, a créé l'Europe et reste le ‎fondement de ce qu'on peut avec raison appeler Europe.‎

Comme si le train de l'histoire ne s'arrête pas à toutes les stations de telle sorte qu'une théologie ‎peut cacher une autre. Certes le Pape n'est pas sensé lire l'histoire telle qu'elle est, mais telle que ‎son idéal spirituel l'exige. Mais encore, à partir du moment ou il établie un parallèle entre les ‎messages islamique et chrétien, comment néglige t-il l'évolution historique de l'islam ne serait-ce ‎que pour rendre à césar ce qui est à césar..‎
Est-ce que seulement avec "le droit de défendre par l'épée la foi qu'il (Mahomet) prêchait", droit ‎que l'empereur juge comme "chose mauvaise et inhumaine", que l'Islam avait pu durer 14 siècles ‎et cueillir près d'un milliard et demi d'adeptes?! Je n'ai pas l'intention de m'engager ici dans une ‎lecture comparative entre les théologies chrétienne et Islamique. Je laisse cela aux théologiens les ‎plus experts. Tout en restant dans le cadre historique, je dirais seulement qu'en face de l'époque ‎hellénistique, très chère au Pape, l'Islam était passé par des périodes non moins florissantes, non ‎seulement spirituellement mais aussi et surtout rationnellement. . ‎
À l'instar du contact hellénique entre chrétienté et pensée grecque, l'époque abbasside ‎‎ avait connu un contact similaire entre l'islam et cette même ‎pensée grecque. Où on a vu naître le mutazilisme qui s'est développé sur la logique et la ‎rationalité, et combine la foi islamique avec celles-ci, en montrant ainsi leur compatibilité. Ce ‎même contact s'était étendu à l'époque andalouse où ‎grâce à Averroès (Ibn Ruschd), penseur de la foi et de la ‎raison, l'Europe médiévale avait pu découvrir et comprendre Aristote. ‎
Avant de conclure, faut-il rappeler qu'à travers l'Histoire, pratiquement toutes les religions et les ‎idéologies, se sont servies de l'épée pour se maintenir, s'imposer et se propager. Le Pape connaît ‎surement très bien les guerres menées par l'empire byzantin sous l'empereur Julien contre la ‎Perse et sous Justinien Ier, contre les Vandales en Afrique du nord et contre les Ostrogoths; les ‎fameuses croisades; les massacres de la Saint-Barthélemy (voir photo) perpétrés par les ‎catholiques sur les protestants dans une période baptisée "guerres des religions"; l'inquisition; la conquête du ‎nouveau monde, où le fusil et la bible font bon ménage pour soumettre et christianiser les indiens ‎ou les décimer. Qui par ailleurs ne connaît pas les guerres menées par le communisme, en tant ‎qu'idéologie? ‎
Ceci dit, je ne cautionne aucunement le recours à la violence pour imposer telle ou telle doctrine.. ‎Mais l'exposé du Pape aurait pu éviter un paradoxe flagrant qui n'aiderait pas à réactiver un ‎dialogue islamo-chrétien longtemps entretenu par son prédécesseur Jean Paul II ‎
Enfin, parmi les plusieurs dizaines d'articles sur cet événement, j'ai repéré deux articles dans le ‎journal canadien Le Devoir, le premier est ‎intitulé "Contradictions papales et distanciations musulmanes", le deuxième, "Le pape a-t-il tort?"; je vous propose de les lire pour leur ‎pertinence.‎
RAFRAFI

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jeudi, 26 janvier 2006

La cage

medium_le_martinet_noir.3.jpgConduit sciemment d'urgence pour une hospitalisation heureusement de courte durée et de résultats qualifiés positivement (selon le jargon médical) de négatifs, un déroulement plus ou moins cohérent d'images, de paroles et de situations, m'escortait sous la vigilance de la douce main de ma compagne.
Pur hasard ou causalité sous-jacente, ce déroulement incluait un lien surprenant entre mon thorax (source de l'ennui escamoté) et une bribe à Victor Hugo, passée, juste la veille, sous mes yeux, disant: L'âme est le seul oiseau qui soutienne sa cage.
Et là, c'est bien ma cage thoracique qui allait flancher et traîner toute ma cage hugolienne vers une délivrance volatile...
Sans coq ni âne, le déroulement continue son allure intermittente, m'invitant, entre un feu rouge et un feu vert, à ruminer en bribes, quelques lectures et de la veille et de quelques mois passés; lectures, elles aussi étrangement non moins circonstancielles.
Comme pour éviter une vérité atrocement flagrante et navrante, cette rumination mentale ressemble à une sorte de gymnastique d'esprit ayant pour but de revivre pleinement l'instant, mais vraiment pleinement, avant de disparaître on ne sait ni comment ni pourquoi!!
Ainsi entre une prise de sang et une radio, l'image d'un Don Quichotte gisant par terre à côté de son compagnon Sancho, à la suite d'une "bataille" inégale contre des brigands, m'est revenue à maintes reprises. Certes, l'ardent souci de terminer le deuxième volume de cette saga épique de Cervantès, est revenu en plus fort dans ces moments de grande défaite individuelle, mais cette noblesse d'esprit chez Don Quichotte, contre toute force brute et aveugle, est aussi pour beaucoup dans cette rumination fortuite.
Vu la complexité des moments vécus entre un masque d'oxygène et un stéthoscope indiscret, d'autres lectures plus récentes et plus actuelles me sont revenues à l'esprit en fractions disparates mais paradoxalement cohérentes: une note très intéressante sur le référencement que j'ai lu la veille sur Le blog d'abondance. Là encore un souci virtuel de lieu, autrement dit, un souci d'exister sur une toile d'araignée planétaire, au moment où l'on risque sérieusement de la quitter pour toujours. Un autre souci, pour lequel j'ai entamé l'année dernière une série de sketchs (encore inachevés) pour un brillant one man show tunisien, m'est revenu là aussi par une note de Marc Griffon que j'ai lu récemment, sur son Blogabrac autour d'un thème qui m'est précieux : le Temps, en tant que notion très agréablement posée et inspirée à partir d'un tableau de Dali, intitulé: Les montres molles.
Outre les mots, lus ici et là, il y a les évènements qui en disent long sur l'état de l'oiseau et de la cage cette fois-ci planétaire. Comment au moment où, torse nu, je me colle contre la fraiche plaque radiographique, je m'empêche de penser à la vague de froid qui sévit depuis plusieurs jours à l'Est de l'Europe, faisant près de 300 morts et qui vient envelopper progressivement la France? Comment éviter par transition logique de penser à d'autres calamités qui naguère avaient démontré la triste fragilité humaine: Tsunami d'une allure biblique et séisme pakistanais dévastateur?!!
Entre les mots savamment accomplis par les écrivains, les bloggeurs et les écrivains-bloggeurs, d'une part, et le dernier mot dont dispose notre imprévisible globe, viennent les paroles qui font froid au dos et cette fois-ci de la part des plus grands d'entre nous les mortels: en me rhabillant pour quitter les urgences, un journal délaissé sur un banc m'interpelle par sa manchette parlant du discours Chiraquien sur la dissuasion nucléaire contre un éventuel ennemi terroriste, avec le titre sensationnel: la bombe de Chirac; comme si l'humanité n'a pas eu déjà son lot de champignons apocalyptiques!! Du coup un autre discours est venu s'y superposer, je l'ai entendu la veille dans un reportage américain reproduit par Al-jazeera, tenu par des dirigeants israéliens discutant du poids (en plusieurs centaines de kilogrammes) nécessaire pour tuer tel ou tel dirigeant palestinien avec un minimum de risque (inéluctable) de tuer en même temps, enfants, femmes et vieillards!! Le même reportage montre un dirigeant palestinien raconter sa rencontre avec le président américain Bush qui lui dit texto:

le Bon Dieu m'a dit: Georges, va en Afghanistan pour en finir avec les terroristes, et je l'ai fait avec succès, Georges va en Irak pour en finir avec le tyran de Bagdad, et je l'ai fait aussi avec succès, Georges va en Moyen Orient pour régler le problème palestinien, je finirai par y aller et je réussirai, soyez certains...

Je rève ou quoi?! dans quelle cage animalière vivons- nous, avant de m'inquiéter sur ma propre cage thoracique?
En rentrant chez moi, menu d'un diagnostic médical rassurant, je me suis posé l'amère question: Si l'oiseau de Hugo soutenait sa cage, celui de nos jours ne serait-il pas déjà atteint de grippe aviaire?
Quant à moi je me tiendrai à ce que dit Camus: L'important n'est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux.

RAFRAFI

Illustration:
Le martinet noir-The swift (1994) par Arlette Steenmans
source: http://ourworld.compuserve.com/homepages/asteenmans/PT40....

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