vendredi, 20 juillet 2007

Bonsoir amis

d990ed8e43c0120a9116808de0e92067.jpgQui ne pourrait pas se sentir déjà ami à cet espiègle gamin de quatre vingt dix ans ? A cet artiste de lait et de miel ? Cet Henri de nos rires déchaînés et Salvador de nos âmes enchaînées ?
Le 18 juillet 1917 était déjà là un bébé d'à peine un jour. Le 18 juillet courant, il est encore là, un bébé d'à peine un siècle.

Qui dit mieux ? Qui fait mieux ?

Il avait assez de souffle pour ses dix fois neuf bougies allumées de son gâteau et cadeau d'anniversaire "hôtement" monégasque, ainsi que pour ses chansons proposées à cette occasion devant ses fans, dont la fameuse "Bonsoir amis". Le secret est peut-être dans ce que lui-même révèle :

"J'avais trente ans lorsque j'ai découvert le Yoga. Depuis ma découverte par hasard d'un livre intitulé "L'art de la respiration" je me suis mis à pratiquer quotidiennement des exercices de respiration. J'ai également énormément appris à l'écoute des disques de Frank Sinatra et de Nat King Cole." (O Globo, avril 2006)

Aussi lorsqu'on est chanteur du multi-talentueux Boris Vian, on ne peut que surfer sur l'écume des jours, de vague en vague jusqu'aux rivages les plus lointains. C'était cela le destin lyrique de cet antillais d'outre-mer, de ce chanteur, guitariste, jazzman et parolier de tout âge et de tout brassage.
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Se faufiler en chantant et en riant dans les méandres si tortueux et très souvent dangereux de tout un siècle de douleurs et de malheurs, c'est bien là un parcours qui sert de leçon ludique à tous les vivants et les survivants. L'heureux et le bienheureux Henri Salvador en est la preuve éloquente.

"Ben quoi ? Il faut bien que ça s'arrête un jour, non ? J'ai bientôt un siècle !" (VSD du 27 septembre 2006).


Ben alors Henri, rien ne presse encore. N'est-ce pas toi qui as dit:
"J'ai toujours adoré la vie. C'est fabuleux, la vie ! (...) Je ne vois que les bons moments. Les autres, je les oublie. Prenez le réveil : c'est formidable, on s'étire, une nouvelle journée commence. (...) Et puis le petit déjeuner : c'est fabuleux du bon café, du pain craquant, du beurre frais. (...) Il y a comme ça plein de petits bonheurs, il faut juste les remarquer et en profiter. Cette curiosité, c'est ce qui conserve". (Nouvelles Clés, automne 2006)

Ben alors Henri ! et avec ça tu écoutes ta femme de ménage qui te dit qu'après "quatre vingt dix ballets, Il n'y a pas de honte à jeter l'éponge"!!
Non Henri, il y a honte lorsque tu jettes ton éponge or qu'elle est encore imbibée de sève montante, d'intarissable source de mélodies et de fou-rire.
A "Bonsoir amis" bonjour Henri.1ce05400fa6dad87d2f8785aabfc3599.jpg
RAFRAFI

Mise à jour:
ADIEU HENRI et REPOSE EN PAIX
13-02-2008

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samedi, 23 juin 2007

La douce des anges

medium_nazek2.jpgLorsque j'ai écrit la note précédente sur la poète irakienne Wafa Abd al Razaq, et y cité Nazek Al- Mala'ika, je ne savais pas que les jours de celle-ci étaient brusquement comptés. En effet, l'irakienne Nazek al Mala'ika, n'est plus depuis mercredi dernier. Elle s'est éteinte à l'âge de 84 dans un hôpital cairote en Egypte, à la suite d'une chute brutale de sa tension artérielle. Ce n'était pas à cause de son premier poème qu'elle avait écrit (en 1932) à l'âge de dix ans, qu'elle était devenue célèbre. Mais cette précocité poétique témoignait déjà d'une aptitude ultérieure à jouer un rôle dans le renouveau poétique arabe. C'est ce qui est arrivé en 1947, date à laquelle, Nazek avait inauguré l'ère de la modernité poétique arabe en publiant le fameux poème "le choléra".
Ce poème avec un autre intitulé "Etait-il un amour ?", écrit la même année par son compatriote le poète Badr Shakir al Sayyab, (1926 - 1964) étaient considérés par les critiques comme les prémices du vers-librisme.
"Le choléra" avait figuré parmi les poèmes du premier recueil de Nazek paru à la même année à Bagdad sous le titre de "Amoureuse de la nuit" suivi par "Des éclats et de la cendre" (1949), "Le fond de la vague" (1957), "Arbre de la lune" (1968) et "La mer change ses couleurs" (1970). En outre de sa poésie, elle publie en 1962 une étude littéraire sur "Les questions de la poésie moderne" suivie en 1974 par une autre, sociologique, sur "le divisionnisme dans la société arabe", puis en 1992, "Psychologie de la poésie" et enfin en 1997 au Caire, un recueil de nouvelles ayant pour titre "Le soleil qui est derrière la cime".
Diplômée de l'université des arts de Bagdad en 1944, elle a aussi obtenu en 1954 la maîtrise en littérature comparative de l'université du Wisconsin aux Etats-Unis, après avoir appris le latin, l'anglais et le français. Son nom de connotation arabo-persique, Nazek Al-Mala'ika, qui se traduit par "la douce des anges", est l'un des noms de femme les plus cités dans le monde arabe et dans les milieux universitaires dans d'autres pays.
Son poème précurseur "le choléra" était également prémonitoire compte tenu de son contenu révélateur. L'atmosphère de la mort et de la désolation que propage "Le choléra", écrit voici 60 ans, règne aujourd'hui dans son Irak natal voire dans toute la région de l'orient arabe. De même que son inspiration de l'épidémie qui, au début du XVIIIème siècle, s'est développée en Égypte avant d'arriver en Europe, annonçait curieusement déjà sa propre mort, voici deux jours, en Egypte où elle s'est réfugiée depuis quelques années.
En dernier hommage à cette grande poète arabe d'Irak, je vous propose ci-après ma traduction de la première strophe de ce fameux poème suivie par sa version originale pour les plus exigeants parmi vous.
Rafrafi

le choléra
Nazek Al-Mala'ika
Bagdad 1947


La nuit est calme,
écoute cet impact des soupirs
sur les morts,
à travers ce silence
et au cœur de cet obscurité.
Des cris s'élèvent
et trépident,
un chagrin se dégage, s'attise
et fait osciller l'écho des gémissements.
Ebullition dans chaque cœur,
et désolation dans la paisible hutte.
Partout une âme hurlant dans les ténèbres,
partout une voix qui pleure.
C'est ce que la mort avait déjà lacéré
Oui c'est la mort, la mort, la mort.
Ah ! Quelle grosse peine pour le Nil,
causée par ce qu'avait fait la mort.


medium_nazek300.jpg

الكوليرا - لنازك الملائكة
بغداد 1947






سكَن الليلُ
أصغِ إلى وَقْع صَدَى الأنَّاتْ
في عُمْق الظلمةِ, تحتَ الصمتِ, على الأمواتْ
صَرخَاتٌ تعلو, تضطربُ
حزنٌ يتدفقُ, يلتهبُ
يتعثَّر فيه صَدى الآهاتْ
في كل فؤادٍ غليانُ
في الكوخِ الساكنِ أحزانُ
في كل مكانٍ روحٌ تصرخُ في الظُلُماتْ
في كلِّ مكانٍ يبكي صوتْ
هذا ما قد مَزّقَهُ الموتْ
الموتُ الموتُ الموتْ
يا حُزْنَ النيلِ الصارخِ مما فعلَ الموتْ

04:15 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

mercredi, 16 mai 2007

Guerre et poésie

medium_Wafa.jpgElle est irakienne et poète. Elle s'appelle Wafa Abd al Razaq (photo ci-contre). Un ami m'appelle et me dit qu'elle vient de publier un long poème qui donne la chair de poule. Je ne la connaissais pas assez, juste son nom et quelques uns de ses poèmes autrefois parcourus à la hâte. Sans doute, j'avais tort. Mais la cohue des poètes oblige. Du Maroc à l'Irak, on en compte des milliers. Sauf que pour l'Irak, il faudrait toujours s'arrêter pour bien repérer. Ce n'est pas à cause de ce qui s'y passe depuis quatre ans, ou depuis une décennie ou deux, mais plutôt à cause du rôle qu'avais joué l'Irak voici un demi siècle dans l'évolution de la poésie arabe. En effet c'était bien une femme, Nazek al Mala'ika, poète et native de Bagdad, aujourd'hui octogénaire et alitée dans un hôpital cairote, qui avait dans les années quarante, inauguré avec son compatriote le poète Badr Shakir al Sayyab, l'ère de la modernité poétique arabe. Et grâce à ces deux précurseurs, le modernisme poétique s'était propagé dans tous les pays arabes.
Aujourd'hui encore, voici une poétesse qui s'impose non pas seulement par la qualité de sa poésie qui s'inscrit aisément dans le courant moderniste, mais aussi par une audace ahurissante qui défie certains tabous. Après quelques recueils de poèmes, Wafa Abd al Razaq nous propose un long poème intitulé "Mémoires de l'enfant de la guerre" qui en dit long sur cette tragédie irakienne. Mais à travers la vision de l'enfant victime (dont le fameux Ali, l'enfant de Bassora qui avait perdu ses deux bras et toute sa famille au début de l'invasion anglo-américaine) auquel la poétesse s'identifie d'une strophe à l'autre comme pour dire qu'il s'agit aussi de l'enfance que l'enfant de la guerre vient de perdre et de l'enfant qu'elle-même était.
Dès la réception de ce poème irakien qui m'a été envoyé par un ami syrien résident en Arabie saoudite (et que j'en remercie), je n'ai pas résisté à le lire tout de suite à Hédia, ma compagne, qui, déjà émue, s'est lancée, de son côté, à le traduire vers le français. Je vous laisse en apprécier ci-après quelques strophes.
RAFRAFI

Mémoires de l'enfant de la guerre


(La mer n'est pas un enfant)
1
Je lève ma tête vers la maison
(Pour me rappeler de ce qu'a dit l'arbre à ses branches)
une balle qui me ressemble tellement, me précède,
et tout devient enfant,
même les silhouettes qui partaient.
Ma mère tend ses bras
mon visage sort de la poche de son cœur
Pour me devancer vers le seuil
Mais la balle ouvre un monde d'encre


(Une seule femme ne suffit pas)
… 2
Me suffit-il de dire qu'un bouquet de roses séduit les couleurs?
Ou que le pain retire à la vie ses vêtements ?
Est-ce une garce cette vie ?
Pourquoi la classe est aujourd'hui d'une laideur taciturne ?
Le cahier de dessin n'est que plaies,
sur quoi, j'essaie de dessiner
une oie fuyant un mâle qui la poursuit
ou un pigeon couvant une fenêtre.
J'essaie de percer le vent
afin de dessiner une porte pour mon école
mais le vent tombe de sa canne
et sans bras, me transperce.
Un diplôme scolaire est trempé par la sueur
de l'argile arraché à l'image de l'eau.
Me suffit-il de dire, sur le bouquet de roses, les couleurs se sont pétrifiées ?


(En direction d'Allah)
… 2
Pourquoi les hommes sont-ils d'air ?
Et la procréation, de feu ?
Que signifie l'écoute du bourdonnement ?


(Le souper de dieu)
… 3
Salma est un tronc
Myriam est un temps
Toutes deux, cadavres
Suspendus à l'endroit.


(Embellir la mort)
… 6
Avale
avale ce parler cru
Et cuis tes mains
Puis cours
Plus rien ne reste pour parachever le commencement
C'est la fête des champs de mines


(Crocodile)
… 3
Le nord,
le sud
se sont engagés
à faire de mon enfance
un ballon pour le cirque.

(Genèse)
… 3
Pour soigner la réalité
j'ai besoin d'aspirine de vérité,
et des mers
pour purifier les prophètes de la parole.

… 6
Ma mère,
la brune du vrai,
a eu deux jumeaux,
la patrie et moi.


(Prière de la mort)
… 3
Accorde à mon âme son argile
Souffle en elle Ton image
pour que les chars m'évitent
La tuerie hurle
et les chars sont des paroles


Que dirais-je quand c'est Toi qui m'écrase ?
J'ouvre mon cœur, j'appelle Tes eaux
et les maringoins pondent des chars
pour Te faucher sans prudence
O mon dieu
Lorsque la mort priait pour les machines de guerre
je m'inquiétais pour Toi
je craignais qu'elle Te fasse porter le casque
qu'elle dise que Tu as trouvé Ton chemin de Damas
Tout est forcément périssable
O mon dieu, as-Tu légué à la mort Ta divinité ?
...

... 5
Eteignez l'écran
Eteignez les lumières
Ma divinité va tout bruler.

6
Sortez
L'enceinte du monde s'est écroulée.
De mon corps, mon cou, s'est détaché.

-----------------
Traduits de l'arabe par :
Hédia Dridi
Avec l'accord de l'auteur.
(Paris, mai 2007)

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samedi, 10 mars 2007

Lucchiniphilie

medium_luchiniIM.jpgComme je viens d'une culture de tradition verbale, j'ai souvent un faible pour tout ce qui est oralement bien dit, agréablement ‎prononcé et distinctement articulé. D'où mon irrésistible attrait par cet envouteur nommé Fabrice LUCCHINI, qui, dès qu'il ‎parle, hypnotise son auditoire. J'en parle aujourd'hui juste pour assouvir un vieux désir d'exprimer ma gratitude à ce chantre ‎des mots qui a eu le mérite de me faire écouter un son de cloche immaculé d'une langue aussi suave que le français. J'en ‎parle aussi parce que LUCCHINI affirme lui-même, que parler de soi est une impasse absolue. Donc j'essaie ici de surpasser ‎cette impasse pour lui, en relatant en même temps ce que disent quelques internautes sur cet artiste, repérés ici et là dans les ‎recoins du Net.‎
Certains, prennent LUCCHINI pour héritier de Raymond DEVOS. De mon côté, féru de DEVOS, je ne cautionne pas cette ‎parenté. Car en dehors de la comédie dans laquelle tous les deux excellent à merveille, le message humoristique de DEVOS ‎diffère foncièrement du message presque pédagogique de LUCCHINI.‎
D'autres, dont je partage l'impression, affirment que Fabrice LUCCHINI est "un rare artiste dans tous les sens du terme pour ‎qui la langue française est un sacerdoce puisqu'il s'en délecte indéniablement et nous hypnotise par la justesse de ses mots, ‎sa clairvoyance humaniste et sa dérision singulière..."‎
‎"C'est un virtuose des mots, un funambule de l'absurde au sens le plus noble, paradoxal, Rabelaisien, envouteur, maître de la ‎nuance, grand esprit comme il n'y en a plus guère...."‎
‎"Fabrice LUCCHINI est quelqu'un de très profond, je ne rate jamais les émissions où il est invité. Ses paroles je les avale ‎comme un élixir ; il est poète, philosophe, dramaturge et crois en l'humain. Il a raison de vivre dans sa bulle moins polluée, ‎moins destructrice, plus près du nirvana. Chapeau bas et respect Monsieur LUCCHINI, tu es plus intelligent que tous, tu as ‎choisi le vrai et le juste.
"‎
Certes, l'unanimité n'est point acquise quand il s'agit d'un personnage public aussi atypique que LUCCHINI. Mais un sondage ‎récent sur cet artiste autodidacte et la littérature, révèle que 43% de participants trouvent qu'il sert bien la littérature et 57 % ‎disent Oui, grâce à lui des gens écoutent des textes auxquels ils n'avaient pas accès et zéro personne considère que le ton ‎grandiloquent de LUCCHINI est ridicule. Un commentaire sur ce sondage avance, dans le même sens, que LUCCHINI "fait un ‎bien fou à la littérature, il la promeut, il la promet, il la rend accessible au plus grand nombre."‎
En effet la littérature semble être la danseuse de LUCCHINI qui se produit actuellement sur les planches du PETIT ‎MONTPARNASSE pour livrer ses lectures particulières de Rimbaud, Valéry et Flaubert. Selon un autre commentaire ‎‎"LUCCHINI récite ce qu'il a aime et transmet, comme il les a reçus, les textes de la grande littérature, avec le ton qui convient. ‎Il démystifie ce qu'il récite." Et d'ajouter admiratif "LUCCHINI c'est la voix des auteurs disparus… vive Fabrice !"‎
Paraphrasant une citation à LUCCHINI qui dit "La vie. La vraie vie. La seule vie réellement vécue, c'est la littérature" un autre ‎commentaire ajoute : "Le discours de LUCCHINI est le même que d'habitude : Voyez la vie. La seule échappatoire est la ‎littérature. Sans elle, nous sommes condamnés à la médiocrité."‎
Plus nuancé et plus critique, un autre commentaire estime que "Fabrice LUCCHINI a récité beaucoup de littérature ce samedi, ‎notamment de Paul Valéry. Je trouve qu'il l'a fait avec passion et que cela a contribué à élever le débat, mais on peut juger ‎qu'il n'a fait que se donner en spectacle aux dépens des auteurs qu'il prétendait servir."‎
Encore plus critique voire acerbe, est cet autre avis sur lui qui va jusqu'à dire que "LUCCHINI est une banane. Il se dit grand ‎admirateur de Nietzsche or jamais un Nietzschéen n'irait ce compromettre à jouer les clowns pour les restos du cœur." Ou ‎bien plus septique "Je ne pense pas qu'il est si innocent il mène le jeu pour certains et à sa façon... adorable oui ! IL PLACE le ‎monde des intellectuels et des artistes comme une appartenance à une idéologie!... Est-ce son idéal!"‎
Peut-être, mais je ne me vois pas aussi exigeant à l'égard de ce grand petit-bourgeois gentilhomme du verbe. Fabrice ‎LUCCHINI qui selon certains "semble vivre sur une autre planète" est à mes yeux l'équivalent parlant du grand pantomime ‎Marcel MARCEAU. Lorsqu'il dit «Quand je vois tous ces gens qui se promènent ou mangent en téléphonant, tout en gardant ‎un œil sur la Bourse, ça me paraît l'image même de la barbarie», je déduis qu'à ses yeux, parler est un acte qui mérite le ‎respect et exige la concentration tout comme la gestuelle du pantomime. Derrière ses talents d'orateur, il y a certes cette ‎expérience de vendeur à la criée des produits du magasin de ses parents qu'avait exercée à son jeune âge et qui lui a ‎forcément permis de développer cette aptitude à s'adresser à haute voix aux passants pour les convaincre. Ou encore son ‎expérience comme apprenti coiffeur qui devait lui donner le goût et la patience pour les retouches de finition afin de fignoler ‎une meilleure coupe de cheveux appropriée, assortie et harmonieuse. ‎
‎«Ça donne des ailes une bonne petite névrose harmonieuse», voilà ce qu'il finit par dire dans une interview au magazine Vital ‎‎(1996). Harmonie semble être l'objectif de son style. Et si GUIRAUD assure que "Le style c'est l'homme" (dans Langage, ‎‎1968, p. 440), je pourrais affirmer que ce n'est pas ECRIRE mais DIRE qui forge le style de LUCCHINI, qui forge l'homme qu'il ‎est ou celui dont il aspire être.‎
J'habite à deux pas de sa rue natale dans le quartier parisien de Montmartre. Je ne l'ai jamais croisé. Si un jour cela arrive, je ‎l'inviterai à boire un verre et surtout à nous échanger quelques vers, moi dans mon français savant et lui dans son français ‎vibrant. ‎
Cela me procurerait un grand plaisir pour le francophile et le lucchiniphile que je suis.‎
Rafrafi

15:51 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

mercredi, 14 février 2007

Sans Transition

medium_sami_painting2.jpgCe n'était pas facile pour moi de tourner la note de Hédia comme on ‎tourne une page de magazine. C'est vrai, la note n'est pas encore loin. ‎Elle est juste à quelques lignes plus-bas. Elle s'éloignera au fur et à ‎mesure que les notes viennent se superposer. Mais Hédia, elle, ne ‎s'éloignera pas, elle restera toujours proche, très proche. ‎Heureusement.‎
Pour ne pas mélanger les genres, j'ai aussi évité de synchroniser une ‎date personnelle, son anniversaire, avec une autre date banalement ‎traditionnelle, la Saint Valentin (d'aujourd'hui). Je respecte néanmoins ‎ceux et celles qui la fêtent comme il se doit. C'est-à-dire loin du ‎marketing qui s'en mêle.‎
Grace à vos commentaires, auxquels Hédia a préféré ajouter elle-‎même un com. pour vous remercier, j'ai eu vraiment la chance de ‎découvrir des blogs à couper le souffle. Entre peinture et poésie, j'ai eu ‎droit à une cure de jouvence qui m'a bien dopé pour poursuivre ‎d'autres quêtes dans la blogosphère.‎
Et comme par une belle mais grave transition, je tombe non pas sur un ‎blog mais sur un site web d'un jeune peintre irakien. Malgré le ‎contexte apocalyptique de l'Irak, ce peintre Bagdadien qui s'appelle ‎Mohammed SAMI, arrive à créer un monde plastique non moins ‎époustouflant (l'image jointe). Par une synthèse de fumée, de briques, ‎de déflagration, de courbes, de silhouettes, d'ombres, de lumières, et ‎par une technique digne d'un grand maître, SAMI reconstitue une ‎mémoire irakienne (et à l'irakienne) aussi bien tragique que féerique. ‎C'est majestueux!, à mes yeux, à moi, simple amateur d'art qui compte ‎bien sur vous, et notamment sur les peintres parmi vous, d'aller visiter ‎ce peintre chez lui, où tout s'écroule autour de lui, et de me faire part ‎de vos impressions…‎(http://www.mohammed-art.com)
Peut-être a-t-il besoin de vous, de nous, pour le soutenir toujours dans ‎l'espoir qu'il soit encore en vie et qu'il le restera pour en créer.‎
RAFRAFI

01:55 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

lundi, 29 janvier 2007

Se taire c'est mourir

medium_censure.gifContre la censure notamment politique, bien d'artistes et de poètes se sont levés pour que celle-‎ci soit un jour levée. Jadis, Victor HUGO accusa la censure dans ses Correspondance,(1830, p. ‎‎465):‎

La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de ‎droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure.‎

Cinq ans après, il ajoute dans Les Chants du crépuscule, (1835, p. 104) :‎
‎... j'entends aboyer au seuil du drame auguste
La censure à l'haleine immonde, aux ongles noirs,
Cette chienne au front bas qui suit tous les pouvoirs

Quelques années plus tard, G. FLAUBERT apporta sa pierre et écrit dans ses Correspondance, ‎‎(1852, p. 59) : ‎
La censure, quelle qu'elle soit, me paraît une monstruosité, une chose pire que l'homicide ; ‎l'attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme..‎

Vivant sous l'occupation ou sous la tyrannie, certains poètes et artistes arabes se sont levés eux ‎aussi contre ce fléau. Un des exemples les plus éloquents en la matière, est un poème dont ‎deux vers sont attribués à tort au poète algérien Tahar DJAOUT (1954 - 1993) alors que c'est ‎du poète palestinien Muin BASISU (1927-1984). Je vous en traduis ce passage :‎
Se taire c'est mourir
Alors parle et meurs !"‎
Puisque le mieux-dire ‎
n'est pas celui du sultan ni de l'émir ‎
Ce n'est pas, non plus, ce rire
Que vend le grand arlequin
Au petit arlequin ‎
Et toi, si tu parles, tu meurs
Si tu te tais, tu meurs
Alors, parle et meurs
(Voir texte arabe en-bas)

Pour finir je vous invite à cliquer sur le dessin ci-joint, où l'auteur met face à face un intellectuel ‎‎(à droite, avec à la place de la tête, un crayon) et un politique (à gauche, avec à la place de la ‎tête, une gomme), plongés tous les deux dans une discussion à crayon rompu… Ce dessin que ‎j'ai apprécié et gardé dans mon ordi, a été publié voici quelques années par un quotidien arabe ‎londonien (alquds alarabi) mais qui reste encore d'actualité.‎
RAFRAFI

الصمت موت
قلها ومت
فالقول ليس ما يقوله السلطان والأمير
وليس تلك الضحكة التي يبيعها المهرج الكبير‎ ‎
للمهرج الصغير
فأنت إن نطقت مت
وأنت إن سكت مت
قلها ومت

الشاعر معين بسيسو

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dimanche, 17 septembre 2006

Et la poésie dans tout ça ! (suite)

medium_RAFRAF.jpg"À en croire ton dernier billet sur Feu Raymond Devos, je dirais que tu l'as suivi par distraction !" remarqua plaisamment un ami, ayant constaté ma longue absence. En effet, ce genre d'absence, deux mois d'affilé, prête à toutes sortes de commentaires. Si le blog sert, entre autre, à marquer une présence quelque part sur le Net, il sert parfois aussi à marquer une absence quelque part sur cette planète..
Présence-absence, ce n'est pas un jeu mais une règle qui se fait respecter bon gré-mal gré...
La veille de mon dernier départ pour Tunis, j'étais sur le point de continuer à travers ce blog, ma quête de poésie après plusieurs billets à connotation désolante...
… quand soudain une guerre disproportionnée se déclare contre le Liban.
C'était après une approche poétique dans une note précédente portant le même titre que celle-ci, que j'ai eu envie d'aller un peu plus loin dans ma démarche. Un coup de pouce arrive à temps par un très sympathique e-mail que j'avais reçu à cette période là de la part d'un poète que je ne connaissais pas. Ce poète s'appelant Thierry Mallet m'écrit texto :

Monsieur,
Je viens de parcourir votre blog et j'y retrouve des saveurs et des préoccupations qui sont aussi les miennes. Elles sont méditerranéennes. Je travaille aussi à tisser des liens entre ses deux rives au moyen de la poésie.
Je vous invite à venir visiter mon blog:
http://www.toutelapoesie.com/blog/captaim/
Votre regard -conseils ou critiques-est important pour moi, la solitude étant parfois vertigineuse.
Respectueusement
Mallet Thierry

Un pareil message ne peut qu'inciter une personne aussi dispersée que moi, à remettre de l'ordre dans ses diverses préoccupations et à profiter de ce signal poétique pour réorienter le blog vers une diversité plus équilibrée..
.. quand soudain une guerre démesurée se déclare contre le Liban.
Malgré deux semaines de cure balnéaire à Rafraf (village côtier, 60 km au nord de Tunis, voir photo) et deux mois de bain familial, les images saignantes des victimes libanaises se réfractaient sur le paysage marin de Rafraf... L'entourage familial d'un côté, l'opinion public (élites et "homme de la rue" confondus) de l'autre, exprimaient un malaise profond... À tel point qu'au cours de trois appels téléphoniques successifs de ma part, j'apprend par le premier qu'un ami intime renonce à me joindre à Rafraf parce que son cœur n'y était pas, par le deuxième qu'une de mes petites sœurs ne pouvait rien avaler à cause des images qu'elle a vu ce jour là, et par le troisième, qu'un ami comédien humoriste s'est renfermé dans une pièce pour chialer, selon son épouse qui me l'affirmait au bout du fil.
Face à "la solitude étant parfois vertigineuse" de notre poète Thierry Mallet, je subis une sorte de communion socioculturelle non moins vertigineuse... Cette communion, est-elle un choix à faire ou bien un lot à porter ? je dirais, les deux à la fois... Peut-être que ce blog en témoigne parfaitement...
RAFRAFI

02:45 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

jeudi, 15 juin 2006

Mourir par distraction

medium_devos1.jpgAujourd'hui Raymond Devos n'est plus. Ne l'est-il plus vraiment? Je m'en doute fort. Et c'est à lui que je dois ce doute:

Comment vérifier un doute avec certitude?!..Sans l'ombre.. Sans l'ombre d'un doute?!... (Le doute par Raymond Devos)

Ai-je l'air de quelqu'un qui essaie de parler de lui pour ne rien dire? Lui, qui a tout dit ou presque? Peu importe. Et c'est toujours lui qui me le confirme:
Mesdames et messieurs... Je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Oh! Je sais! Vous pensez : "S'il n'a rien à dire. .. il ferait mieux de se taire!" Évidemment! Mais c'est trop facile!. .. c'est trop facile! (Trois fois rien par Raymond Devos)

Oui c'est trop facile de se taire devant cet enchanteur du dire. Et que dire de quelqu'un comme moi, qui vient, soi-disant, d'une autre culture, qui, durant un quart de siècle, restait bouche-bée chaque fois que Raymond Devos ouvrait sa bouche?
irrésistible, funambule des mots, éblouissant magicien de la langue française, très grand poète de l'humour, authentique poète, chantre incomparable de la langue française, magicien du verbe, véritable illusionniste des mots, artiste de l'absurde, gentleman, funambule, papillon, géant de la poésie… Qualificatifs accordés à Raymond Devos par les uns et les autres, avant et après sa disparition aujourd'hui. Y sont-ils concordants? Oui, parfaitement.
J'ajouterais que seul Raymond Devos me transportait d'une actualité réelle vers une actualité perpétuelle. Il m'offrait un humour pur et simple, un humour intemporel, universel, intelligent, intelligible, profond, profane, rituel et spirituel. Bref, un humour qui rime divinement avec amour.
Pris au dépourvu par cette triste disparition, je n'ai pas tardé à écrire tout de suite cette note posthume, comme si, en dernier ressort, j'imitais le sportif dont parlait Raymond Devos. J'avais pourtant envisagé de le faire de son vivant. Une envie que j'avais exprimée à mon ami Marc Griffon qui avait la merveilleuse idée d'agrémenter l'entête de son blog par des citations à P. Desproges.
Et comme tout va trop vite, je termine par ce qu'en dit Raymond Devos, qui aimerait "mourir par distraction":

TOUT VA TROP VITE
Vous avez remarqué comme les gens marchent vite
dans la rue ?. . .
Il y a quelques jours,
je rencontre un monsieur que je connaissais,
je vais pour lui serrer la main,
le temps de faire le geste. . .
il était passé !
Eh bien j'ai serré la main à un autre monsieur
qui, lui, tendait la sienne à un ami
qui était déjà passé depuis dix minutes.

Raymond Devos
Qu'il repose en paix


RAFRAFI

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samedi, 22 avril 2006

Et la poésie dans tout ça !

medium_jpgdicentra_coeurdemarie.3.jpgComme promis dans ma précédente note, j'ouvre par la présente une autre brèche dans ce blog pour laisser passer une lueur d'une pulsation plus fine. Pourquoi aujourd'hui ! Peut-être après tant de péripéties sinistres des derniers mois, me voici revigoré, ce jour même, par un soleil soutenu, et surtout par ce à quoi Hédia, ma compagne, m'invite : "entre des rosiers cascades, des verveines retombantes, des œillets de poète ou des cœurs de Marie, lesquelles de ces plantes veux-tu ajouter à celles qui ornent déjà notre balcon ?" ..Je jette un coup d'œil sur le catalogue botanique de ce printemps-été 2006, et je lui réponds : "Bien qu'attiré nominativement par les œillets de poète, mon cœur penche vers les cœurs de Marie".(Voir illustration)
Pour rester dans cette ambiance déstressante aménagée par mon épouse, je me suis dit : "aujourd'hui pas question de me laisser happer par l'actualité sanglante". Coïncidence ou pas, les infos du jour en France (21 avril)* ne m'ont pas trop contrarié : Juste après trois brèves angoissantes (Découverte macabre en Guyanes, Erreur médicale mortelle, Drame dans le Rhône) voici Dominique De Villepin (poète lui-même) qui, en présence d'enfants convalescents à Chamonix, dit qu'il est "ici pour reprendre des forces". Pourquoi pas après tout ce bras de fer CPEique avec d'autres "enfants" un peu plus vigoureux !
Dopé par cette déclaration poético-ministérielle, je réponds par l'affirmative à la demande de Hédia pour changer de chaîne afin de suivre une interview avec un poète arabe. La surprise est de taille : la chaîne en question est une chaîne satellitaire d'information essentiellement politique, l'interview se passe dans le cadre d'une émission réservée habituellement aux politiques, l'invité (sexagénaire) est un des trois grands poètes palestiniens de sa génération. À une question : "pourquoi vous n'avez pas quitté votre Palestine natale (devenue Israël), comme l'ont fait vos collègues?" et Samih al Kacim répond : "la géographie détient l'Histoire. Perdre la première c'est forcément perdre la deuxième. Pour cette raison, j'ai choisi de ne pas partir". Et il ajoute: "une autre résistance qu'il ne faut ni oublier ni négliger, c'est la résistance culturelle dans laquelle la poésie constitue une pièce maitresse".
Comme Al Kacim, je viens moi-même d'une culture qui vénère la poésie. Jadis, elle effleurait la prophétie. Un des plus grands poètes arabes de tous les temps (915-965), est surnommé Al Mutanabbi (faux prophète) parce que jeune, il s'est déclaré prophète. D'autre part, j'avais toujours tendance à considérer la poésie comme langage universel par excellence. C'est pour cette raison qu'une de mes occupations (préoccupations), était de contribuer à construire des passerelles poétiques entre différentes rives. D'où mes différentes entreprises dans le domaine de la traduction (Voir entre autre, Mes versions, colonne droite)
Reste à savoir, si ce langage universel a encore droit de cité dans un monde où règnent le politique, l'économique, l'idéologique et.. le numérique ! C'est une question qui se pose quasiment partout, notamment dans le monde occidental dit industrialisé.
Y a-t-il une crise de la poésie ? Non, dit Philippe Sollers, qui ajoute dans un magnifique article intitulé "La poésie invisible", "Il n'y a qu'un immense et continuel complot social pour nous empêcher de la voir"… À suivre.
RAFRAFI
* Cette note devrait être publiée hier, mais une panne de réseau ne l'a pas permis.

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