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dimanche, 08 décembre 2013

Les fruits de la lumière !

chandelle.jpgUne réflexion littéraire sur la lumière, faite par l'écrivain saoudien Mohammed al-Rittiyane, donne matière à réflexion chez tout humain, dont moi-même, épris par cet élément universel. C'est pour cette raison que je vous propose ici ma traduction de ce texte, en bribes, intéressant et intrigant:

 

Les fruits de la lumière !

02/12/2013

(1)

La lumière que vous voyez et qui ne vous montre rien... est une lumière trompeuse!

(2)

L'obscurité: une lumière noire.Med_Rittyane.png

C'est l'optimiste qui le dit.

(3)

Toute «lumière».. est causée par quelque chose de brûlé!

(4)

Le fameux dicton dit :

«Mieux vaut allumer une seule et minuscule chandelle que de maudire l'obscurité».

Mais, que feriez-vous si on vous dérobait la chandelle?

À ce moment-là, il faudrait maudire le voleur, ta faiblesse, l'obscurité et le régime en place qui ne lui demande pas des comptes.

(5)

Parce qu'il est habitué à l'obscurité.. la lumière subite l'a aveuglé.

Comment convaincre un ignorant que la coupable est l'obscurité et non la lumière?

(6)

Il est facile de voir la lumière dans l'obscurité..

Mais qui c'est qui a le don de voir l'obscurité dans la lumière!?

(7)

Méfiez-vous des lumières des panneaux d'affichage:

- Elles troublent vos yeux.

- Elles vous distraient pendant que vous conduisez..

- Elles envisagent de subtiliser votre portefeuille!

(8)

Une des phrases merveilleuses dit –à peu près–, que vous ne pouvez pas faire la «lumière» sur l'obscurité pour l'étudier, car celle-ci va disparaître à ce moment-là.. Que faire donc?

Devrions-nous discuter de l'obscurité et l'analyser dans le noir.. ou, plutôt nous contenter de la supprimer !

Mais comment la supprimer sans la «voir» et la comprendre?!

Je crois qu'il nous faut des yeux extraordinaires, capables de voir l'obscurité dans le noir avant d'y jeter la lumière!

(9)

Le poète dialectal Abdullah al-Massoudi dit dans l'une de ses magnifiques illuminations:

Je ne suis que celui qui éteint la lumière et décrypte l'obscurité!

(10)

La lumière du soleil nous dévoile.. Il n'y a personne dont l'ombre est blanche!

----

Mohammed al-Rittiyane

Source: araa.com

 

Traduit de l'arabe par:

RAFRAFI

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mercredi, 20 novembre 2013

Tacloban, le panier de morts

BVwNNBvIcAMa9xc.jpgSe mettant dans la peau d'une jeune fille victime du typhon Haiyan, la poétesse et nouvelliste saoudienne Belqees Mulhim a écrit un poème que je qualifierais de biblique et d'un caractère à la fois effroyable et tendre. Je vous propose ci-dessous ma traduction de l'arabe de ce magnifique poème, intitulé, Tacloban, ville martyre.

(Tacloban* qui veut dire panier de pêche, est la capitale et la ville la plus peuplée de la région VIII des Philippines.) :

 

Tacloban, ville martyre

 

Le rêve n'était pas soyeux

il m'a manqué entre deux cieux

et ne m'a pas emporté en l'air, ni ceinturé de jasmin

 

Ce jour-là, à l'aube, le rêve tomba en colère comme un monstre

déchira ma chemise

pela ma peau

brisa mes os

et s'empara de tout mon corps

 

Entre deux vagues, je me voyais inhaler la noyade

et soulevais deux cadavres avec moi

 

Par terre, nous nous sommes allongés, nous les trois

Amihane, Dato et moi

Nous nous sommes reconnus alors que nous tenions

les doigts d'un arbre

 

Nos cris étaient chastes comme le murmure

La mer nous observait

Les maisons dansaient

Les enfants glissaient vers le ciel

Le ciel était en train de dresser une table pour les martyrs

 

Personne ne me voyait trembloter

 

Dato essayait de pêcher la bouche d'Amihane

Amihane était en train de téter l'obscurité au milieu de la détresse!

 

» Haiyan « ne savait pas comment l'herbe pousse dans nos poumons

ne connaissait pas la taille de nos petits lits

ni nos humbles prières

 

Pour cela, il nous a engagés dans une accolade sans arrêt

où une vague surmonte une autre

où la mort nous ballotte comme une balançoire

 

Balqees Mulhim

Poétesse et nouvelliste Saoudienne

Ambassadeur bénévole de la culture dans le golfe Arabo-Persique

...........

*Le typhon qui a frappé la ville de Tacloban en Philippines, tuant 10.000 personnes et blessant des centaines de milliers d'autres. 


RAFRAFI

22:28 Publié dans actu, Art | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

vendredi, 15 novembre 2013

Fadi.. un poète captif


Fadi_Joumer(2).jpgDepuis plusieurs semaines déjà, Fadi Joumer, (فادى جومر) 
poète et parolier syrien n'a pas donné signe de vie depuis son arrestation par les services secrets d'Assad pour avoir osé continuer de parler librement.

En solidarité avec ce poète, je vous propose ci-dessous ma traduction de l'arabe d'un tout dernier texte, qu'en guise de lettre adressée à B. Assad, Fadi avait écrit et mis en ligne (Ici), avant son arrestation :

 

(Ci-contre, photo de Fadi Joumer)

Toi, dépositaire des canons et avions, sais-tu combien de chansons je garde dans ma mémoire? Combien de poèmes? Sais-tu que je mémorise les pièces de théâtre de Fairouz mot par mot? Sais-tu combien de fois ai-je aimé et combien de fois ai-je été aimé? Sais-tu que pendant un an et demi, j'ai écrit des mots forts et beaucoup moins craintifs que tes peureuses cartouches?

Pendant trente-trois ans, j'étreignais la Syrie dans mon ivresse et dans mes prières. Ne connais-tu pas « Mahmoud Joumer»? Sais-tu qu'il m'a dit : Meurs pour que ton frère vive? Sais-tu quand ai-je su que ton père était un menteur? Je le savais depuis que j'étais en quatrième année, quand la maîtresse nous a dit que la Syrie est un État entièrement souverain.. Je me suis alors levé et lui ai dit: Qu'en est-il du Golan Qu'en est-il d'Alexandrette (Iskenderun)? Sur ce, l'administration de l'école convoqua mon père et lui demanda de me réprimander et de contrôler mon comportement; mon père m'a au contraire laissé user de mon libre arbitre.

Connais-tu Dir Attia? Connais-tu ses noces? Connais-tu le champ? As-tu déjà grimpé un arbre pour cueillir des noix? Je suis de là-bas, de ces lieux-là.. Ne te rends-tu pas compte combien d'air pur j'ai dans ma poitrine? Sais-tu que je me suis rendu dans chaque lieu en Syrie et que j'ai mangé dans chaque maison? Sais-tu que je connais par cœur toutes les chansons du pays? Sais-tu pour combien de temps avais-je travaillé? Et comment j'achetais du vin avec tout l'argent que j'avais gagné de mon travail?

De toute ma vie je n'ai jamais eu peur pour que j'aie peur de toi! Tu ne m'as pas vu au volant de ma voiture rouler à 160 km par heure tout en étant ivre et heureux? J'avais cinq ans quand je me suis levé pour lire sans frousse un poème devant cinq mille personnes dans le stade d'Al-fayhaa, alors que tu tremblais en lisant à partir d'une feuille que l'on t'a donnée pour les condoléances de ton frère! Es-tu stupide? Crois-tu que tu auras raison de moi? Crois-tu que tu peux me tuer? J'ai dix mille ans de civilisation et ne meurs pas d'un obus..

N'aie pas peur pour moi mais pour ton sniper de mourir juste par un regard de mes yeux.

Fadi Joumer (Damas)

Traduit par

RAFRAFI

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jeudi, 07 novembre 2013

Soucis de terroir natal (9)

Adieu Bourguiba.jpegQuelques jours après le "détrônement" de Bourguiba le 7 novembre 1987, j'ai publié un billet de satire en langue arabe intitulé "Adieu le Habib (le bien-aimé) de ton époque" (Voir image ci-contre) dans l'hebdomadaire Al-Moustaqbal, paraissant à Paris. Vingt-six ans après, je propose ici pour mes visiteurs arabophones à lire ou relire ce billet: 

 

 من دفتر الوطن

وداعاً حبيبَ عَهْدك

محمد الرفرافي

كانَ يصْعُبُ عَلَيَّ منذ حداثة سِنِّي، أن أراك تُشبِهُ غيْرَكَ. وكان اسمك حين كنتُ أهتِفُ بحياتِك وأنا صغير، هُتافا طُفوليًا مَرِحًا، اسمًا مُتميّزا بِنُطْقِه اللاَّتيني وَبِوَقْعِه المُتناغمِ مع كلمة «يَحْيَا». وكان يُخَيَّلُ إليَّ أنَّ يَحْيَا لا بدّ أن تَتْبَعَها بورقيبة (بِقلْب القاف إلى جِيمٍ «مَصْرية»، مع تفْخيم الباء الثانية) لم يكنْ اسمُك في مُخيِّلَتي اسما عاديا بين الأسماء. كان اسمًا أليفًا كتحية الصباح ومُشاعًا كلفْظة الدّينار. وفي نفس الوقت كان يبدو لي غريبًا مِثْل بَلَدٍ بعيد ومُخيفا مثل لفْظة الشُرطي... لم يكن اسمُكَ مُنفصلا عن صورتك، وعندما كنتُ أراك مارًّا في موْكبِك أوْ أرى صُورَتَكَ في العُمْلَة أو في الصُّحف أو في «بوسترات» الحائط كنت أقولُ صامتاً: إن بورقيبة هو هذا الرّجل وأنّ هذا الرّجل هو بورقيبة.

كانت قامَتُكَ القصيرة تبدو أطْوَلَ من باعِ البَعْض في التعليق والتَّنَدُر. وكان لونُ عينيكَ وبَشْرَتَكَ يُثير دهشتي وارتياعي. كنتَ تختصرُ بِزُرْقَةِ عينيكَ ملامحَ فرنسا، وتختصرُ بِطُرْبوشك «الاسطنبولي» الأحمر، ملامحَ تونس العثمانية. كنتَ مِثْلَ بَلَدِكَ، مَزيجًا غريبًا من عَهْدين: الحُسَيْني والفرنسي ومن ثقافتين: واحدة محلية ترتكزُ على عُروبةٍ «مُتَوْنَسَة» وأخرى غربية أساسُها عقلانية ميكيافلية مع نزْعة ليبرالية على الطريقة الوَفْدِية. وبتعبير آخر كنتَ التَّوْليفَ الأمْثلَ بيْن الباي والمقيم العام الفرنسي. بل كنتَ «أتاتورك» التونسي الذي حَوَّلَ بَلَدَهُ في آخر عهْدهِ إلى رجُلٍ مريض.

لمْ يكُن وَالِدي، الحِرَفِي أبًا عنْ جَد، يُحدِّثُنِي عنك أكثرَ مِمّا كان يُحدّثني عن عبد العزيز الثعالبي وعن رفاقِكَ صالح بن يوسف والحبيب ثامر والباهي الأدغم وفرحات حشاد. وأيضاً عن تشرشل الذي كانت تحْلُو لَهُ مُقارَنَتك بِهِ وبِسَبَبِ تَرْبِيَتِه المحافظة لم يكن أبي يستسيغ دعْوَتَك إلى نَزْع حِجاب المَرْأة أو إلى الإفطار في رمضان. ومع ذلك، واستجابة لنداءات الإذاعة التي تُعلن في الأعياد الوطنية عن جَوْلاتِك في شوارع المدينة، لم يكن أبي يترَدَّدُ في رفْع العَلَمِ التونسي ومَعَهُ عَلَم الجزائر التي لم تكُنْ نالَتْ استقلالها آنذاك بَعْد، فوق دكان حِدادَتِهِ الذي انتَزَعَه مِنْه فيما بعْد أحدُ الذين استفادوا مِن عهْدك واغتَنَوْا من سياستك. وكان أحدُ أعمامي لا يُدين في عهْدِك بالولاء إلاّ لجمال عبد الناصر ولإذاعة "صوت العرب" التي كان لا يفتَحُ الراديو إلاّ من أجلِها. ومع تدهورِ علاقاتِك مع القاهرة، صارت "صوت العرب" تبدو لي وكأنّها إذاعة «مُحَرّمَة» لا يسمعُها إلا المغضوب عليهم. وأذكر أنني سألتُ أبي مرّة عن جارِنا الحَلاّق الذي كان أبي قدْ قال لِي عنْه بأنّه شيوعي. سألتُه عن معنى هذه الكلمة، فأجابني: أي الذي لا يؤمن بالله. وأذكرُ أني سألته أيضاً عمّا إذا كان جارُنا من «جماعة بن يوسف» مِثْلَ عَمْ فُلان، فكان ردُّهُ بالنّفْي مُضيفا بأنّه ليس دستوريًا مثلهم. فقلتُ مُتعجِّبًا: ألاَ يخافُ من بورقيبة إذن ؟ فأجاب مُنْهِيًا الحوار: لا خوف إلا من الله.

كان العلم التونسي بِهِلالِهِ ونَجْمته الحمراء و«المُشتق» من العلم العثماني، يبدو لي وكأنّه رِداءُ حُضورِكَ ولوْنُ انتشارِك. كان هذا العَلَم وكذلك النشيد الرسمي (ألا خلِّدي...) الذي حَفِظْتُه وأنا صغير، هُمَا الجَناحان اللّذان تُحَلّق بِهما صورَتُكَ في الذِّهن. كانا يَبْدُوَان لي مِثْل أُكْلة شعْبية. وكانا يُرافقانِك خارج تونس مِثلما يُرافق وَالِدَتِي خارج البيت حِجَابُها وصَوْتُها.

استطعتَ أيضاً أن تقنعَ العديدَ مِن مُواطنيك بـ «قِزَمِيَة» مُعارضيك وبِكونِهم ليسوا سوى «أبناء ضالين» إلى حد أنّه بات من الصّعب، منذ المحاولة الانقلابية في بداية الستينات، أن يتصوّرَ رَجُلُ الشارع التونسي إمكانية وُجودِ مُعارِضٍ لَكَ قادرٍ على أنْ يَفْلَتَ كُلّيا ليس فقط من غضبِكَ بلْ ومِن عَفْوِك أيْضاً. لقد بات من الصّعب، حتّى وأنتَ شِبْهَ غائِبٍ عن الحُكْم في السّنين الأخيرة، أن يتصوّرَ المَبْهُورون بِكَ بِأنّ هناك مَن يُمكن أنْ يَمْلَأَ فراغَك حين ترْحل. لقد ملأتَ مرحلتَكَ مِثلما تمْلَأُ الشّمسُ نهارَها. وصار النّاظر إليك من أنْصارِك مِثل النّاظر إلى الشّمس حِين يُنقِل نَظَرَهُ إلى جِهة أخرى لا يَرى سِوى الظّلام.

إدمانُكَ في الحديث عنْ نفسك، عن تفاصيلِكَ وهُمومِكَ الصّغيرة وأنتَ صغير والكبيرة عندما كَبُرْتَ، عنْ أهلِكَ ومَعارفِكَ، عنْ أصدقائك وأعْدائك، عنْ أفراحِك وأحزانِك، عنْ مُرَكَّباتِك النفسية وعيوبِك الجَسدية (مُحاضراتُكَ أمامَ معْهد الصّحافة سنة 1974) عنْ تاريخ تونس الذي قلتَ عنْه بأنّه تاريخُكَ أنتَ وأنّه بدأَ فِعْلِيًا مُنذ وُلِدْتَ، وعنْ تونس التي قلتَ ذاتَ مرّة أنّك مسؤولٌ عنْ مَصيرها ليس فقط في الدّنيا وإنّما أيضاً في الآخرة... كلُّ ذلك كان يَدْفَعُ بِتونِسِيِّيك المُخْلِصين لَك إلى مزيدٍ من الانبِهار بِك، وأيضاً إلى التّقوقع داخلَ شخْصيتِكَ المُتفاقِمة ونرْجسيتك المُتعاظمة. ومِنْ خِلال ذلك كنتَ تُتَرْجِمُ بالقَوْل، قَناعَتَكَ بأنّك أنتَ تونس وأنتَ الدّولة، تمامًا مِثلما كنتَ تُتَرجم عمَليًا هذا التّماهي عندما كانت سِباحَتُكَ في البحْر صَيْفًا وتَنَزّهاتِك اليومية مَشْيًا، ورِحْلَاتُك الاستشفائية أحيانًا، وفَتَراتُ نقاهَتِك أحْيانا أُخرى «أخبارًا قومية» تتصدّرُ كلَّ أخبار العَالَم حتّى ولوْ كانت أخبارَ نِهايتِهِ. صحيحٌ أنّك لم تكُن الاستثناءَ الوحيدَ في عالَم السُّلطة، وأنّك لم تكُن طَفْرَةً في «تاريخ العرب والعجم والبربر ومن عاصرهم من ذوي السّلطان الأكبر» إلّا أنّك كنتَ جِدَّ مُخْتَلِفٍ على الأقل عنْ أسْلافِك في تونس، في بقائِك الأطْوَلَ في السّلطة.

... وأخيرًا ها أنتَ رحلْتَ قَبْل أنْ تَرْحَلَ... فلا تَكْتَئِبَ إنْ نَسِيَكَ مُستقبلُ تونس الّذي تأجّل، إنْ نَسِيَكَ يَاسَمِينُهَا القَادِمُ بِبَيَاضِهِ المُتَجَدّد، وزيْتونُها الّذي عاصَرَ كُلّ مَنْ جاءَ قبْلك... واطْمَئِن فَبَعْدَ «أُبُوَّةِ» عهْدِك، لاَ يُتْمَ في تونس بعْدك.

مجلة "المستقبل" الباريسية الأسبوعية

نوفمبر 1987

lundi, 07 octobre 2013

La Damascène

K_Rasem.jpgSon nom est Katia Rasem, poétesse et blogueuse, Damascène d’appartenance, de séjour et de souffrance. Récemment arrêtée par les flics de Bachar, en raison de ses critiques de ce qui se passe en Syrie sans aucun parti pris politique de sa part mais seulement humain. Elle vient d’être libérée après qu’on lui a fracturé sa main droite pour l’empêcher d’écrire sans se rendre compte qu’elle est déjà gauchère.

Je vous propose ici ma traduction de son premier billet de blog publié juste après sa libération où elle décrit sa détention avec une plume trempée dans la douleur, l'honnêteté, l'intelligence et l’éloquence.
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La guerre n’est-elle pas un enfer?

"On t’a laissé seul sur la terre interdite sans allumettes même. La guerre n’est-elle pas un enfer?"
William Faulkner, Monnaie de singe (titre original : Soldiers' Pay)

Le mur me fait mal, la photo de l'assassin accrochée comme un sourire effronté au-dessus de la tête du général, me fait mal; la fenêtre, si petite comme un timbre collé sur une missive oubliée dans une certaine obscurité, me fait mal; le pied d’un fantassin heurtant le sol, par respect pour le tueur faisant mal au pays, me fait mal; les cris lointains et désespérés, tombant sur mon cœur tels des fouets affamés pour plus de douleur, me font mal..
Oui, ma main me fait mal, cher docteur, comme me feront toujours mal tous les mots que j'avais à dire et n’avais pas dit..

La scène est absolument identique à la première scène du roman "Monnaie de singe" de "William Faulkner":
Dans un train, allant à la guerre, des soldats imaginent des fleurs et des mères tendres qui les attendent dans des contrées lointaines, pour qu’à la lumière de leur imagination, ils puissent savourer leur mauvais vin!
Et pour nous, combien de belles choses devons nous imaginer pour oublier tous les trains que nous avons manqués?
Pour oublier toutes les guerres que nous avons vécues?

Pour oublier à quel point ce monde est vulgaire et minable comme une prostituée pour qui personne ne s'en soucie!

Le chasseur est prisonnier de son désir de proie,
tandis que la proie est libre.

J'ai essayé de les convaincre que je ne suis rien du tout,
que je suis

un insecte sur le face du monde qui comme un géant dormant d’un sommeil  profondément effrayant,
le sang d’un tué dont personne ne fait attention à son cadavre,
un lampadaire éclairant une ruelle déserte dans un quartier pauvre,
un mot tombé par inadvertance duquel personne ne se soucie,
une vieille nouvelle,
une blague n'étant plus drôle
un clown n'ayant pas de public pour l'applaudir ni de larmes à verser pour nettoyer son visage de sa profonde tristesse,
un vide au cœur d'un vide, sans tête mais avec un ballon rempli de bla-bla, sans main mais un balai pour le néant,
un seuil où s’assoient la pauvreté, l'hiver et les vielles personnes désespérées,
un petit cierge dans le vent, une flamme mourante dans la longue nuit d'aveugle,
une impasse, un mauvais texte écrit par un poète ivrogne,
une légère poussière dont la mémoire est accablée d’absents,
une missive qui n’arrive pas, un sens qui ne se complète pas ... une voix sans paroles
etc.. etc

Personne ne m’a crue
Moi-même je ne me suis pas crue..

J’entendais le gémissement du geôlier et du bourreau,
J’entendais le pouvoir de silence du prisonnier-victime..
et me souviens de ce que disait Wadi’ Saada:
"Nous n’avons pas entendu les arbres crier sous les haches de bûcheron
mais le gémissement des bûcherons coupant les arbres"

Par :

Katia Rasem
Damas toujours
6 10 2013

Blog : http://katiarasem.blogspot.com/2013/10/blog-post.html?spr...

Twitter : @Badworld_1

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Traduit de l'arabe par

RAFRAFI

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